Romans

  • Ultramarins

    Mariette Navarro – Ed. Quidam

    « Dans le geste connu, le geste du travail, dans le geste refait chaque jour, un espace s’est glissé. »

    A bord d’un cargo, la commandante accorde à son équipage une pause dans ce monde fait de règles et d’habitude. A partir de là, ce premier roman bascule dans le mystérieux. Le bateau semble prendre son indépendance et tout part à la dérive. Il y a là une ode au temps qui passe et à l’étrangeté. Cette lecture est obsédante et si poétique…

  • La définition du bonheur

    Catherine Cusset – Ed. Gallimard

    Dans son nouveau roman, Catherine Cusset retrace avec finesse les trajectoires de deux femmes sur quatre décennies, dans un double récit qui évolue en alternance. L'une réside à Paris, l'autre à New-York. L'une cherche le bonheur dans la stabilité, l'autre parcourt le monde à la recherche d'un idéal qui lui permettrait d'effacer certains pans de son histoire personnelle. En observant ces deux femmes de l'adolescence à la maturité, on s'interroge sur la féminité, la maternité, le sens de la vie et l'essence du bonheur. Une lecture qui procure un grand plaisir.

  • Au royaume de la lumière

    Olivier Weber – Ed. Plon

    Après un grave accident de vélo, Olivier Weber et son ami Gérard, qui a perdu la vue lors d’un reportage de guerre, partent dans le "Royaume Interdit", village au cœur de l'Himalaya, fermé aux visiteurs. A la manière d'une Panthère des neiges de Sylvain Tesson, Olivier Weber, auteur du Dictionnaire Amoureux de Kessel, nous raconte son voyage au cœur de l'Himalaya, à la rencontre des habitants du mystérieux village, teinté de poésie, de calme et de sérénité, philosophie chère aux voyageurs et alpinistes : Bienvenue Au Royaume de la Lumière.

  • Avant elle

    Johanna Krawckyk – Ed. Héloïse d’Ormesson

    Carmen, enseignante spécialiste de l'Amérique Latine, sombre dans une terrible dépression depuis la mort de son père quelques mois plus tôt. Réfugié argentin exilé en France, celui-ci n'a jamais voulu se confier et notamment parler de ces mois de torture qu’il a subis durant la dictature. Dans un box dont elle ignorait l'existence, Carmen découvre sept carnets, le journal intime de son père. Nous plongeons avec elle à la découverte de son histoire.

    Ce premier roman est bouleversant et percutant grâce à une écriture incisive et une forme dont le lecteur ne peut s'échapper.

  • True Story

    Kate Reed Petty – Ed. Gallmeister

    Ce premier roman est l’histoire d’une rumeur et l’impact de cette rumeur sur les étudiants d’un campus universitaire américain.

    Lors d’une soirée, Alice a trop bu et il semble que deux étudiants aient abusé d’elle en la raccompagnant chez ses parents. Elle ne se souvient de rien mais elle doit vivre avec ce drame, surtout que les garçons s’en vantent dès le lendemain auprès de leurs amis et que la rumeur enfle…

    La force de ce roman, c’est sa forme. L’autrice va utiliser différents supports (scénario de film, brouillon de lettre de candidature) et différents points de vue pour disséquer le mécanisme de la rumeur. Celle-ci emporte tout sur son passage : la vie de la victime, des bourreaux supposés, de leur entourage… Ce texte est magnétique et sa construction tel un puzzle nous happe. La fin est surprenante, bouleversante lorsque l’on comprend ce qui s’est réellement passé ce soir-là.

    Une fois encore les éditions Gallmeister proposent une rentrée littéraire étonnante et pleine d’humanité.

  • Mon mari

    Maud Ventura – Ed. L’Iconoclaste

    Ce premier roman très réussi nous fait pénétrer avec talent dans l’intimité d’une femme qui mène une vie en apparence parfaite et comblée. Le problème ? Elle aime follement son mari. Quinze ans de vie commune, deux enfants et un quotidien réglé comme du papier à musique n’ont pas réussi à éteindre cette passion qui la dévore. Aussi, du lundi au dimanche, cette femme dont nous ne connaissons pas le nom s’évertue à entretenir la flamme au sein de son couple. Pour être sûre de plaire et de garder son mari, elle endure une pression peu commune : elle s’efforce d’être parfaite en toute circonstance, note chaque geste, analyse chaque remarque et traque le moindre mail reçu par son mari. La semaine avance, l’obsession grandit et l’on se demande comment tout cela va se terminer.

    Maud Ventura nous offre un roman magistralement construit. Le ton est léger, le style efficace et la narration à la première personne nous immerge complètement dans le quotidien de son héroïne. Mais au fil du récit, le vernis se craquelle. Par petites touches habilement distillées, le malaise s’installe et grandit jusqu’au dénouement final. Un premier roman très original à découvrir sans tarder !

  • Seule en sa demeure

    Cécile Coulon - Ed. L'Iconoclaste

    Très inspirée, Cécile Coulon revisite avec brio le roman gothique et nous transporte au XIX ème siècle. Lorsqu'Aimée quitte ses terres d'enfance pour rejoindre le mari que son père a choisi pour elle, la jeune femme innocente et réservée n'a pas conscience de lier son existence à une mystérieuse demeure. Assombri par les secrets qu'il renferme et par la haute foret qui l'enserre, le domaine Marchère est aussi majestueux qu'inquiétant. A son arrivée, elle veut croire en son jeune mari. Candre Marchère est un homme de nom, une âme pieuse et riche. Malgré sa froideur, Aimée lit en lui une attention qui la touche. Pourtant, un doute persiste. A peine un frôlement. Lentement, elle étouffe... Mais d'où vient ce malaise grandissant ?

    Huit clos qui glisse peu à peu vers un polar, Seule en sa demeure nous tient en haleine et nous envoûte. De sa belle plume poétique et rythmée, Céline Coulon fait éclore des images saisissantes. Son roman, patiné d'un charme désuet, est un petit bijou impossible à lâcher.

  • Revenir à toi

    Léonor de Récondo - Ed. Grasset

    Lorsque Magdalena apparaît sur le seuil de la cuisine à son retour du collège, les regards se figent sur elle et les mots la frappent de plein fouet : « maman est partie ». Aucune explication n'accompagnera cette annonce abrupte et bientôt, c'est son père qui prendra les voiles. Le désarroi et l'immense tristesse qui submergent l'adolescente ne l'empêcheront pourtant pas de garder le cap. Jouer la comédie sur les planches lui apporte un répit salvateur et lui permettra de devenir une actrice reconnue. Trente ans plus tard, lorsque Magdalena apprend que sa mère a été retrouvée, tout vacille. Comment réagir à cette nouvelle après avoir passé toute une vie à hacher menu le mot « maman » ? Comment imaginer des retrouvailles après tant d'années à s'interroger sur l'absence, tenter de s'y soumettre et de s'y conformer ?

    Quel plaisir de retrouver l'écriture de Léonor De Récondo, limpide, sensible, sans fard ni fioritures. Ce roman bouleversant nous prouve à nouveau l'étendue de son talent.

  • L'Île du Docteur Faust

    Stéphanie Janicot - Ed. Albin Michel

    Que voulait le Faust de Goethe quand il a signé un pacte avec le diable ? La jeunesse éternelle ? La connaissance absolue ? L'amour ? Une vie d'aventure ? Qu'est-il devenu depuis tout ce temps ?

    L'île du docteur Faust revisite le mythe de Faust avec ces sept femmes qui partent en cure sur une île mystérieuse au large de la Bretagne. Toutes ont reçu une mystérieuse invitation d'une médecin, qui se prénomme Faust (sûrement un pseudonyme de circonstance ?) et qui leur promet une nouvelle jeunesse.

    Récit de l'intime, récit de la vieillesse, récit des rêves oubliés et bafoués, ce livre raconte la peur de la vieillesse, la mystification de la jeunesse mais aussi de l'acceptation de ce que l'on est et de ce que la vie a fait de nous.

  • Dans les oiseaux

    Xavier Lapeyroux - Ed. Anne Carrière

    Imaginez-vous : vous êtes enseignant dans une grande école de cinéma. Vous faites des cours sur Hitchcock. Vous commencez à voir des corbeaux dans des endroits incongrus. Au JT, les journalistes annoncent des regroupements anormaux d'oiseaux. Votre femme est morte tuée par une de ces hordes ? Triste ironie du sort.

    Ironie du sort également que votre femme ressemble trait pour trait à l'actrice du film des Oiseaux de Hitchcock. Se pourrait-il qu'il y ait une faille entre la fiction et la réalité ? Pourrait-on recréer le film et sauver l'actrice qui ressemble tant à sa femme? Peut-être même est-ce elle ? Peut-être est-il possible de la réveiller du tréfonds de la mort ? Folie ? Oui. Mais peut être pas....

    Revisitez le film de Hitchcock, dans ce roman halluciné d'un homme qui n'accepte pas la mort de sa femme ; et de la même façon revisitez les histoires qui l'ont inspiré, tel la nouvelle Les Oiseaux de Daphné du Maurier ou Psychose du méconnu Robert Bloch...

  • Les petites choses

    L. Chaudouêt – Ed. L’Orpailleur

    Les petites choses est le dernier roman publié dans la collection l’Orpailleur. Nous lisons toujours avec beaucoup de plaisir les nouvelles parutions de cet éditeur. Il nous avait fait notamment découvrir l’auteur Pascal Carrère dont les romans ont su trouver leur place auprès de vous, chers lecteurs, et sur les étagères de la librairie. Un grand merci à Christophe Havot pour sa confiance. Ce roman, c’est l’histoire d’une femme, Madelaine, accusée du meurtre de son amant. Il y a ses entretiens avec le juge Philippe qui essaie de la comprendre, de la faire avouer. Très vite, il est subjugué par cette femme et tombe amoureux. Mais Madelaine ne peut plus aimer depuis la mort de son fils Simon. Elle est extérieure au monde et à sa propre vie. Seule sa sœur Mine paraît importante pour elle, désormais. Dans une écriture dense, l’auteure révèle une existence tourmentée où il est si complexe de trouver sa place. Il faut se laisser happer par cette femme et son histoire : il est difficile de l’aimer au départ car elle est fière mais peu à peu elle se livre, malgré elle, et on la comprend un peu mieux...

  • Shuggie Bain

    Douglas Stuart – Ed. Globe

    Ce premier roman se déroule à Glasgow dans les années 80, sous l’ère de Margaret Thatcher. Dans la grisaille de cette ville, nous touchons du doigt la misère économique et sociale du nord de l’Angleterre de cette époque.

    Annie, une très belle femme de 39 ans, a quitté son premier mari catholique pour épouser un chauffeur de taxi, protestant. Ce second époux est finalement lui aussi volage et la délaisse. Elle rêve d’une vie meilleure et bascule peu à peu dans l’alcool. Elle assiste impuissante au départ de ses deux premiers enfants qui veulent essayer de réussir leur vie, ailleurs. Seul Shuggie, son dernier fils, lui voue un amour sans condition et ne la quittera jamais. « Je t’aime, maman. Je ferai n’importe quoi pour toi » . Il sera toujours là pour elle… Douglas Stuart nous révèle cette pauvreté terrible : il dresse un magnifique portrait de Shuggie, sorte d’Oliver Twist qui nous émeut tout au long de notre lecture. Ce garçon, souffre-douleur depuis sa plus tendre enfance, fait preuve d’un courage inouï face à la détresse de sa mère. Récompensé par le Booker Prize en 2020, ce roman est une chronique sociale d’une grande force !

  • L'Ours

    Andrew Krivak – Ed. Globe

    C’est l’histoire d’un père qui vit seul, en autarcie, au beau milieu de la nature. Sa compagne est morte après avoir donné la vie à leur enfant et, depuis ce jour-là, l’homme élève la petite fille au fil des saisons, dans une cabane construite près d’un lac en pleine forêt.

    C’est l’histoire d’une enfant qui apprend à connaître la nature et le passé des siens à travers la présence de son père. Elle n’a jamais vu d’autres humains mais elle sait chasser, tanner les peaux, reconnaître les fruits comestibles et écouter la voix des arbres.

    C’est l’histoire d’un ours qui rôde dans la forêt. Le moment venu, son destin se mêlera à celui, si solitaire, de la fillette.

    Andrew Krivak nous offre un récit saisissant dans lequel la poésie et l’onirisme rencontrent la brutalité mélancolique de la nature. Dans une langue parfaitement maîtrisée, l’auteur nous pousse à nous questionner sur la place que l’homme occupe au sein de la nature, sur la permanence de nos idéaux et sur la notion de transmission.

  • Les Contreforts

    Guillaume Sire – Ed. Calmann Lévy

    Quel enfant n’a pas un jour rêvé de vivre dans un château médiéval, perché au sommet d’une colline et ceint d’épais remparts aux meurtrières étroites par lesquelles il observerait son domaine d’un œil acéré ? S’il fait toujours rêver les enfants, le château de Montrafet menace de s’écrouler. La famille Testasecca, qui l’habite depuis des générations, peine à le maintenir en état alors que le temps et la nature érodent l’édifice de manière implacable. Et lorsque le château est frappé d’un arrêté de péril et que les Testasecca sont menacés d’expulsion, la mécanique qui anime le destin des personnages se met en marche. Léon, le père vigneron, son épouse Diane et leurs enfants, Clémence et Pierre, décident de rester au château pour tenir le siège.

    Guillaume Sire nous embarque avec brio au milieu des vignes et des collines où résonnent les légendes des terres audoises. Le lecteur se perd dans le château de Montrafet, s’attache aux pas des personnages qui parcourent les sentiers et se laisse emporter par le drame qui se joue sous ses yeux.

  • Trio

    William Boyd - Ed. Seuil

    L’histoire se déroule en 1968 en Angleterre. Réunis pour les besoins d’un film dans une station balnéaire, les trois personnages de ce roman dissimulent leur duplicité avec brio. Dès le matin, la vodka astucieusement cachée dans une bouteille de vinaigre blanc ménager coule à flots dans la gorge d’Elfrida Wing, épouse délaissée du metteur en scène en panne d’inspiration depuis son dernier roman. Talbot Kydd, le producteur, s’interroge sur comment révéler son homosexualité tout en tentant de canaliser un tournage chaotique. Anny Viklund, jeune actrice américaine en vogue déjà très tourmentée par ses relations amoureuses, voit surgir en plein tournage son ex-mari en cavale poursuivi par la CIA...

    William Boyd tisse une farce ciselée menée tambour battant et prend manifestement beaucoup de plaisir à faire valser ce trio aussi désespéré qu’attachant dont il se moque tendrement. Son empathie est communicative et il nous procure un véritable plaisir de lecture.

  • L'oubli que nous serons

    Héctor Abad - Ed. Folio

    « Je ne serais pas tranquille tant que je n’aurais pas vu Hector pendu à un arbre de l’université d’Antioquia ».

    Commencer cet article en énonçant toutes les qualités qui sont mises en lumière dans le livre d’Héctor Abad est impossible car il n’y aurait pas l’espace de tout écrire. L’oubli que nous serons est un roman autobiographique qui a lieu à Medellín, et qui raconte l’enfance et la vie de l’auteur et de son père, leurs relations et leurs idéaux, jusqu’à l’assassinat de ce dernier.

    S’il ne devait y avoir que quelques mots pour caractériser ce livre, ce serait, «hypocrisie» et «inégalités» mais surtout «chaleur» et «liberté». Cette lettre d’amour d’un fils envers son père a été récemment adaptée au cinéma par Fernando Trueba.

  • Vanda

    Marion Brunet - Le Livre de poche

    Vanda, la trentaine, élève seule son fils Noé, six ans, dans un cabanon au bord de l’eau sans confort ni eau chaude, en marge du tumulte de la ville. Telle une louve, elle voue à son fils un amour passionnel, dévorant et sans concession, aussi bouleversant de beauté qu’inquiétant. Dans le cœur de Vanda, les amants et les amis qu’elle côtoie pour aligner des verres ne font que passer. Seul son fils compte. Alors le jour où le père de Noé réapparaît, tout vacille.

    Dans une langue aussi abrupte que poétique, Marion Brunet campe des personnages complexes particulièrement incarnés et bouleversants sur lesquels elle porte un regard subtil et infiniment humain. Elle parvient à tisser une tragédie contemporaine puissante et extrêmement émouvante.

  • Haïti Noir

    Edwidge Danticat - Asphalte Editions

    Haïti, ses plages et ses paysages de carte postale... Dix-huit auteurs haïtiens livrent dans ce recueil des nouvelles sur l’envers du décor de cette île au cœur des Caraïbes. Chacun de ces récits plonge le lecteur dans des scènes du quotidien de la population haïtienne où la joie et l’amour succèdent à la misère et la mort en un rythme incessant. Mêlant roman noir, po-licier ou fantastique ce recueil fait voyager le lecteur à travers les villes et les bidonvilles de l’île, à la découverte de personnages haut en couleurs, des religions et croyances afro-caribéennes telles que le vodou et les transes mystiques.

    Suivez Robby, ce Dom Juan témoin du grand tremblement de terre de 2010, les mauvaises fréquentations de Magda, les affres d’un père incapable de s’occuper de sa fille ou encore l’étrange histoire du commissaire Varel muté dans un village coupé du monde ...

  • La Dixième muse

    Alexandra Koszelyk - Ed. Aux forges de Vulcain

    Un jour de novembre, Florent, jeune homme un peu perdu suite au décès de son père, accepte d’accompagner un ami au Père-Lachaise. Alors qu’il erre dans les allées du cimetière, il découvre par hasard la tombe d’Apollinaire. Une fois rentré chez lui, le jeune homme est victime d’hallucinations et développe une étrange obsession pour le poète. Ne comprenant pas ce qui lui arrive, Florent va partir sur les traces de ce dernier et sur celles des femmes qu’il a aimées.

    Après À crier dans les ruines (gros coup de cœur de la librairie), Alexandra Koszelyk re-vient avec un second roman qui explore la figure créatrice du poète et la puissance de la nature. Elle livre un récit étonnant qui nous plonge dans les amours de Guillaume Apollinaire et fait s’entremêler passion, nature et littérature. Un roman à découvrir sans tarder !

     

  • Les enfants sont rois

    Delphine De Vigan - Ed. Gallimard

    Roman-polar sociétal, le dernier Delphine de Vigan nous interroge sur les dérives de notre société ultra connectée et sur les dangers de la surexposition des enfants dans les réseaux sociaux. Au début des années 2000, la télé-réalité prend son envol avec le lancement du Loft. Fascinée par l’iconique Loana, Mélanie Caux rêve de gloire et de reconnaissance derrière son poste de télévision. Vivre sans être vue lui semble sans intérêt. Aujourd’hui mère de fa-mille, elle a l’idée de créer une chaine Youtube où elle met en scène ses enfants Kimmy et Sammy, faisant d’eux des héros malgré eux de la toile. Le roman s’ouvre sur la disparition de la petite Kimmy, 7 ans. Clara, jeune policière de la brigade criminelle qui enquête sur l’affaire, va faire une plongée vertigineuse dans le monde aussi fascinant qu’effrayant des influenceurs d’aujourd’hui. A lire et à recommander !

  • Borgo Vecchio

    Giosuè Calaciura - Ed. Folio

    Ce roman nous conte l’histoire de gamins de Borgo Vecchio, quartier pauvre de Palerme. Il y a Cristofaro, qui rentre chez lui tous les soirs en redoutant les coups de son père, une brute alcoolique qui le laisse un peu plus meurtri chaque nuit. Il y a Mimmo son ami, le fils du boucher à la balance truquée, qui convoite le pistolet de Toto, petit voleur des rues, pour débarrasser Cristofaro d’un père qui finira par le tuer. Et puis il y a Céleste, la gamine qui passe des heures sur le balcon à lire et faire ses devoirs, pendant que sa mère reçoit des hommes dans l’appartement. Céleste, c’est l’étoile perchée sur son balcon qui éclaire les journées de Mimmo, petit Roméo qui la guette à longueur de journée.

    Grace à une écriture magnifique et lyrique, on est porté et immergé dans ce quartier où s’entremêlent les existences et les drames de personnages extravagants et flamboyants, cabossés par la vie et qui se battent pour gagner leur droit au bonheur.

  • Le démon de la colline aux loups

    Dimitri Rouchon-Borie - Ed. Tripode

    Derrière les barreaux, le narrateur du premier roman de Dimitri Rouchon-Borie tape sur une vieille machine à écrire pour jeter sur papier l'histoire de sa vie saccagée. Duke est une victime devenue bourreau, un cerveau torturé, une personnalité complexe qui peine à démêler le bien du mal. Presque illettré, il a un « parlement » particulier. Il n'a pas toujours les bons mots, ignore parfois la ponctuation et se laisse guider par le flux de ses pensées. Grâce à cette langue singulière, Dimitri Rouchon-Borie nous donne accès à l'intimité de son narrateur, enracine profondément le récit dans notre esprit et nous rend presque captif de son roman. Duke nous touche par son innocence et sa fragilité et nous déroute par sa violence mal contenue. Ce roman interpelle, ébranle, glace d'effroi.

    Le démon de la colline au loup est un roman très noir, d'une beauté rugueuse et d'une puissance rare. Un premier roman dérangeant et dévastateur aux accents poétiques indéniables. Le choc provoqué à la lecture n'est pas sans rappeler celui que nous avions ressenti à la découverte de My absolute darling de Gabriel Tallent.

  • Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot

    Mika Biermann - Ed. Anacharchis

    En ce début d’été Berthe Morisot et son mari délaissent la capitale assaillie par la chaleur pour s’installer quelques jours à la campagne, dans la petite maison familiale. Réfugiés dans ce havre bucolique c’est l’occasion pour lui de s’essayer au farniente, et pour elle de poser son chevalet, cherchant l’inspiration dans la quiétude du jardin et les jeux d’ombres du bord de rivière. D’une belle plume ciselée l’auteur nous embarque avec bonheur dans une escapade libre et joyeuse du couple, se plaisant à imaginer les corps et les esprits qui se libèrent et s’abandonnent, loin des carcans d’usage dans les salons parisiens. Création et sensualité s’entremêlent dans une belle sarabande poétique et impressionniste.

  • Là où nous dansions

    Judith Perrignon - Ed. Rivages

    L’auteure nous livre dans son dernier ouvrage l’histoire incroyable de Detroit. Cette ville connut un boom économique au début du XXème siècle avec les débuts de l’industrie automobile et son essor prodigieux, mais une pauvreté galopante dans la communauté noire, des émeutes sanglantes et la fermeture des usines eurent raison de son avenir et annoncèrent un déclin funeste dont le point d’orgue fut sa mise en faillite. A travers l’histoire du quartier de Brewster Project et de ses habitants, c’est la condition des Afro-américains qui est relatée, alors même que les blancs désertent Detroit en masse. Plongée dans la misère, la population noire nourrit malgré tout une fierté avec tous ces artistes – enfants du quartier – qui connaîtront une notoriété mondiale dans la Soul et la musique Pop à travers le label Motown.

    Porté par une belle écriture, ce roman apporte un nouvel éclairage sur la grandeur et la décadence des Etats-Unis.

  • La familia grande

    Camille Kouchner - Ed. Seuil

    C'est le livre « choc » de ce début d'année. Camille Kouchner y brise un silence de plus de trente ans en révélant et accusant son beau-père Olivier Duhamel d'avoir abusé sexuellement de son frère jumeau lorsqu'il avait 14 ans. Les faits décrits sont ignobles mais ce livre n'est pas que le récit glaçant d'un inceste. Il est aussi un premier livre qui sort du lot par sa puissance littéraire et sa profondeur. Perdue dans le mutisme et la culpabilité, Camille Kouchner se livre avec une honnêteté sans fard et décortique les mécanismes de la domination qu'Olivier Duhamel a exercé sur elle et son frère. Camille Kouchner s'est tue si longtemps pour respecter la volonté de son frère mais aussi parce qu'elle aimait son beau-père comme son père et que face à la dérive de sa mère, et en l’absence de Bernard Kouchner, il était tout ce qui lui restait. Elle décrit cette dépendance affective avec une émotion palpable et une colère sourde. Tout en finesse, elle plaide ardemment pour la reconnaissance de l'innocence de l'enfance.

  • American dirt

    Jeanine Cummins - Ed. Philippe Rey

    Fuir par tous les moyens vers le nord, se rendre insignifiant, transparent, pour quitter le pays et rallier la terre promise, voici l’obsession de Lydia, jeune Mexicaine dont la famille vient d’être assassinée lors d’une fête. Seuls son fils et elle ont survécu à la tuerie, miraculeusement, mais elle sait que Javier, le chef du cartel, veut sa peau, alors, en quelques minutes, elle quitte cette vie qui s’est achevée dans une mare de sang, et part sur la route avec son garçon. Cette route va devenir la route des migrants, qu’elle va cotoyer pendant des jours harassants, une immense colonne de hères fantomatiques qui fuient la misère d’Amérique Latine, attirés par cet Eldorado du nord que sont les Etats-Unis.

    Ce roman, magnifique et captivant, empreint d’une puissance infinie, est une ode à la vie et à la résilience qui animent tous ces êtres qui n’ont plus rien, sinon la croyance en un avenir meilleur.

  • Les impatientes

    Djaïli Amadou Amal - Ed. Emmanuelle Collas

    « Patience mes filles ! Munyal ! ». C'est ce que l'on intime sans cesse aux femmes du roman de Djaïli Amadou Amal afin qu'elles appréhendent avec sagesse leur triste condition. Trois d'entres elles nous racontent leur quotidien oppressant dans une société saharienne où elles n'ont aucun droit. A peine sorties de l'adolescence, Ramla et Hindou sont contraintes d'épouser deux prétendants choisis par les hommes de la famille. Pour l'une, le riche Alhadji Issa et pour l'autre, un cousin alcoolique et violent. Safira, la première épouse d'Alhadji, se méfie de l'arrivée de Ramla dans son foyer, après vingt-deux ans d'union monogame. Toutes vont intégrer une concession (c'est ainsi que se nomment les grandes demeures où les hommes abritent leurs femmes et leur descendance) où elles devront se soumettre à l'ordre patriarcal, endurer les viols conjugaux et la vie dans une maison polygame où chaque épouse se méfie des autres.

    Le destin de ces femmes impatientes qui luttent pour leur liberté est révoltant et poignant. Djaïli Amadou Amal brise tous les tabous et laisse éclater une colère brute qui doit être entendue de tous.

  • Betty

    Tiffany McDaniel – Ed. Gallmeister

    Énorme coup de cœur pour ce roman exceptionnel !

    Betty est née dans les années 50 dans l’Ohio. Sa mère est blanche et son père est cherokee. Des huit enfants, elle est celle qui lui ressemble le plus et doit donc faire face aux insultes racistes au quotidien. Heureusement, son père est là (la plus belle figure paternelle que j’ai pu lire jusqu’à aujourd’hui) pour soigner ses maux, la ramener vers la lumière et lui révéler la puissance de la nature. Et puis il y a l’écriture qui lui permet de tenir envers et contre tout. Malgré une violence inouïe, ce roman est d’une grande beauté, d’une intensité rare. Nous assistons à la naissance d’une écrivaine, d’une conteuse, d’une femme puissante !

  • L'Anomalie

    Hervé Le Tellier – Ed. Gallimard

    Un tueur à gages, une avocate, un architecte, un écrivain, en tout plus de 200 personnes ont en commun d’avoir pris le même jour le vol Air France 006 Paris-New York. Le vol s’était révélé chaotique en raison d’un cumulo-nimbus monstrueux apparu lors du trajet. L’appareil s’était posé sans dommage, rendant ses passagers à leur vie habituelle. Mais un évènement, une anomalie va plonger tout le monde dans la stupeur. Quand l’armée, les services secrets et des sommités scientifiques se regroupent autour d’une table, que peut-il bien en ressortir ? L’auteur nous offre une lecture jubilatoire autour d’une réalité qui s’effondre. « Je pense donc je suis » est sérieusement remis en question.

  • Le Palais des orties

    Marie Nimier – Ed. Gallimard

    S’il est une culture méconnue, c’est bien celle des orties. Pourtant, Nora et Simon, jeune couple de fermiers se lance à corps perdu dans l’exploitation de l’urticacée. Les travaux à la ferme, le commerce des produits dérivés, purin, pesto, soupe, crème, rythment la vie familiale. Pour les aider, une jeune fille vient s’installer quelque temps à la ferme. Pleine d’énergie, elle impose naturellement sa présence auprès de tous. Belle, sensuelle, elle amène une fraîcheur qui n’échappera à personne. Dans ce roman lumineux, l’auteure démontre avec brio qu’érotisme et orties font bon ménage.

  • Broadway

    Fabrice Caro - Ed. Gallimard

    Le résumé de cette tragi-comédie est très simple : tout part d’une lettre de dépistage colorectal reçue prématurément. Pour le narrateur, 46 ans, c’est le début d’un grand délire paranoïaque totalement absurde et hilarant. A la manière d’un humoriste de stand-up, Fabrice Caro dissèque tous les petits travers de nos vies ordinaires pour notre plus grand plaisir. Si, comme nous, vous avez aimé son précédent roman Le Discours ou que vous appréciez l’humour décalé de ses bandes-dessinées, nul doute que ce nouveau roman vous mettra de bonne humeur et vous offrira de jolis moments de détente.

  • Yoga

    Emmanuel Carrère - Ed. P.O.L

    Même s’il n’est pas totalement usurpé, ce titre est un peu trompeur. Emmanuel Carrère nous y parle effectivement de yoga, qu’il pratique depuis plus de trente ans, mais aussi de dépression, de trouble bipolaire, de terrorisme. Il nous explique qu’il avait pour projet d’écrire un roman souriant et subtil autour du yoga et de la méditation. De cette visée de départ subsiste d’ailleurs tout le début du livre puisqu’il s’ouvre sur le récit d’une retraite Vipassana réalisée dans le Morvan. Mais comment faire pour méditer sereinement lorsqu’une moitié de soi est l’ennemie de l’autre ?

    Ce livre, c’est l’histoire d’un homme obsédé par l’idée de devenir un être humain meilleur. C’est aussi le combat d’un homme capable de créer son propre malheur et de transformer sa vie en enfer. Loin d’être un hochet narcissique, le récit d’Emmanuel Carrère touche quelque chose d’universel. Il nous parle du sens de la vie, de l’identité. Il nous offre un des livres les plus bouleversants de cette rentrée littéraire.

  • Impossible

    Erri de Luca – Ed. Gallimard

    Comment une simple randonnée en montagne peut-elle amener un homme dans le bureau d’un juge d’instruction ? Les faits sont simples et réellement troublants : un homme s’est tué en tombant d’une vire escarpée, quelque part dans les Dolomites. Et l’homme qui a assisté au drame et donné l’alerte n’est autre qu’un ancien compagnon de la victime, lorsqu’ils étaient unis par la lutte révolutionnaire. Or il s’avère que l’homme qui vient de se tuer, 40 ans auparavant, avait dénoncé tous ses camarades à la police, dont celui qui se retrouve aujourd’hui face au juge, et qui a passé de longues années en prison. Ce jeune juge, devant les faits établis, n’a aucun doute quant à la culpabilité de cet ancien activiste d’extrême-gauche et à son mobile : la vengeance. Dans ce huis-clos tendu, incertain, le vieux militant nie sans faiblir, répondant habilement à toutes les accusations du juge. Il va même jusqu’à lui faire un cours d’histoire contemporaine en revenant sur ces années noires de lutte qui ont vu éclore « la génération la plus poursuivie en justice de l’histoire italienne ». L’auteur nous livre un affrontement magistral entre deux hommes brillants que tout oppose mais qui au final, se respectent.

  • Mémoire de soie

    Adrien Borne - Ed. Lattes

    Nous sommes en 1936, dans la Drôme, Emile part faire son service militaire.Ses parents n’ont pas changé leurs habitudes malgré le départ de leur fils unique : le père est déjà parti travailler et la mère est installée au lavoir. Au dernier moment, elle remet à son fils son livret de famille car il risque d’en avoir besoin. Emile découvre alors l’existence d’un certain Baptistin présenté comme son père biologique. Qui est cet homme dont ses parents ne lui ont jamais parlé ?

    On ne parle pas beaucoup dans cette famille, alors les secrets restent enfouis. Mais aujourd’hui, Emile veut savoir et sa mère Suzanne raconte…

    Ce premier roman est magnifique : il aborde avec une écriture puissante le poids du silence entre des gens qui s’aiment. Ces non-dits sont lourds et détruisent peu à peu le fil d’estime et de respect entre les membres d’une même famille.

    L’auteur nous permet aussi de découvrir la culture des vers à soie, très développée dans cette région au début du siècle. En effet, l’homme que Suzanne aime doit reprendre la magnanerie familiale : elle fut d’ailleurs séduite par sa façon de parler de cette passion bien particulière.

  • Rassemblez-vous en mon nom

    Maya Angelou - Ed. Noir sur blanc

    Décédée en 2014, Maya Angelou était une poétesse, écrivaine, actrice et militante américaine auprès de Nelson Mandela et Martin Luther King notamment. Pour ma part, je ne connaissais pas cette grande dame et ce récit m’a permis de rencontrer une femme noire fière et volontaire. Elle a écrit en 1969 Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage retraçant son enfance. Rassemblez-vous en mon nom  (écrit en 1974) est le deuxième tome de cette œuvre autobiographique. Nous découvrons deux années de sa vie, entre ses 19 et 21 ans : elle est alors mère d’un petit garçon. Maya quitte son village de l’Arkansas pour San Francisco où elle compte bien offrir à son fils un destin différent du sien …

    Nous découvrons une jeune fille qui cherche l’amour absolument. Lorsqu’elle rencontre un homme et qu’elle tombe amoureuse, elle est prête à tout pour avoir sa reconnaissance. Mais souvent elle se fait berner, manipuler. Elle s’en sortira toujours grâce à son humour et son intelligence et fera de chaque épreuve une force.

    Éprise de liberté, c’est pour elle un droit fondamental qu’elle défendra toute sa vie. Lorsqu’elle a vingt ans dans les années 1945, c’est un monde dominé par les Blancs mais elle ne courbera jamais la tête.

  • Liv Maria

    Julia Kerninon - Ed. De l'iconoclaste

    Palpitant destin que celui de Liv Maria, l'héroïne rayonnante du nouveau roman de Julia Kerninon. Instinctive et totalement libre, Liv Maria est passionnée par la vie, l'amour, l'inconnu et la nouveauté. Native d'une petite île bretonne, la jeune femme va très tôt déployer ses ailes pour arpenter le monde. A Berlin, au Chili puis en Irlande, Liv Maria va aimer éperdument un homme marié, pleurer ses parents partis trop tôt, multiplier les rencontres, gérer un hôtel, ouvrir une librairie et devenir mère. Malgré sa force de vie, le lecteur sent qu'un tel goût pour le mouvement et l'expérimentation cache une intranquillité. Les virages que Liv Maria opère sont toujours trop secs et serrés pour dessiner une trajectoire harmonieuse. Un secret inavouable l'empêche de trouver la paix et de jouir du bonheur...

    Julia Kerninon crée ici une héroïne aux multiples facettes que vous n'oublierez pas de sitôt.

  • Chavirer

    Lola Lafon - Ed. Actes Sud

    Repérée à son cours de modern jazz dans une MJC de la banlieue parisienne, Cléo, treize ans, se voit proposer une bourse par une Fondation fantôme. Sans avoir le temps de comprendre, l'adolescente va découvrir que les lendemains exaltants qu'on lui fait miroiter ont un prix : elle va devoir payer de son corps pour y prétendre et convaincre d'autres jeunes filles d'en faire autant.

    Des années plus tard, Cléo est devenue danseuse professionnelle lorsqu'un appel à témoins pour retrouver les victimes de la fondation est lancé. Son passé n'a jamais cessé de la hanter. Rongée par la honte et la culpabilité, elle a toujours gardé le silence. Côté scène, la danseuse fend l'air gracieusement, sourire aux lèvres et faux-cils papillonnants, au nom de l'Art et de la beauté. Côte coulisse, le dos est traumatisé et les jambes meurtries. Lola Lafon scrute ce corps en désordre et cet esprit laminé par le traumatisme.

    Dans le dictionnaire, Chavirer signifie se renverser, basculer, mais aussi émouvoir, bouleverser, toucher. Cette définition correspond en tout point à ce sublime roman sur le monde de la danse.

  • Le Métier de mourir

    Jean-René Van der Plaetsen - Ed. Grasset

    En 1985, au sud du Liban, un avant-poste posé sur un désert de cailloux à la frontière israélienne sert de barrage aux attaques du Hezbollah. La poignée d’hommes attachée à cette minuscule garnison est composée de mercenaires libanais à la solde de l’état Hébreux. A leur tête, Belleface, un vétéran auréolé de gloire militaire, est une légende dans l’armée israélienne. Ses faits d’arme, ses campagnes après la seconde guerre, l’Indochine, sont autant de théâtres qui l’ont vu grandir et devenir ce guerrier quasi-invincible. Dans cette routine de garde où rôde un danger invisible mais permanent, l’arrivée d’un jeune militaire français plein d’idéaux va déclencher une redoutable mécanique de questionnements chez le vétéran. Après tant d’années à servir par les armes, quelle a été sa vie d’homme ? Seul, sans enfant, quelle suite peut-il donner à son existence? Devant la naïveté touchante de ce jeune soldat, a-t-il la capacité, la volonté de s’attacher et de protéger ? Ancien casque bleu au Liban dans les années 80, l’auteur nous livre une belle histoire d’hommes, soldats perdus dans un désert des Tartares écrasé sous le soleil, en lutte avec leurs démons.

  • Patagonie route 203

    Eduardo Fernando Varela - Ed. Métailié

    Le personnage principal, camionneur solitaire au passé mystérieux, sillonne les routes de Patagonie plus pour tuer le temps que pour livrer la marchandise qu’il transporte. Les contrées qu’il traverse, bouts du monde au sud de la Patagonie, lui offrent de manière inattendue des rencontres étonnantes, voire burlesques. Tous les personnages qui jalonnent son parcours sont déroutants, pas toujours aimables, affichant un pragmatisme et une logique propres à eux, plongeant Parker dans un abîme de perplexité. Sa rencontre avec une caissière de manège forain va bouleverser son quotidien, son périple prenant alors une orientation nouvelle. Mais comment la retrouver dans cette immensité désolée, quand on lui répond, perdu à la croisée des chemins et cherchant un village au nom pittoresque, la mule morte ou Indien méchant : “Continuez tout droit, le jeudi tournez à gauche, et quand il fera nuit tournez encore à gauche, vous arriverez à destination”. Ce premier roman est un vrai plaisir, offrant une lecture jubilatoire ; le sourire au coin des lèvres n’est jamais loin quand on suit ce périple hors du temps.

  • Les Graciées

    Kiran Millwood Hargrave – Ed. Robert Laffont

    Au nord de la Norvège, Vardø est un petit village qui a vu disparaître tous ses hommes en mer par une nuit d’hiver de 1617. Comme la grande majorité des femmes de l’île, Maren, 20 ans, perd son père, son frère et son fiancé. Une fois passés la stupeur et le temps du deuil, les femmes du village décident de s’organiser pour pouvoir survivre et subvenir seules à leurs besoins. Mais l’arrivée d’un délégué envoyé par le roi va venir bouleverser ce fragile équilibre. Absalom Cornet s’est fait connaître de l’administration en menant de véritables chasses aux sorcières et entend bien mettre le village au pas. Sa présence va cristalliser les tensions au sein de la communauté. Alors que Maren se lie d’amitié avec la jeune épouse du délégué, les femmes du village font preuve de prudence, craignant que le piège ne se referme sur elles.

    Les Graciées est un roman historique inspiré de faits réels. L’écriture immersive de Kiran Millwood Hargrave vous plongera dans un univers rude et sans pitié sur cette île livrée aux éléments et à la folie des hommes.

  • La saga des Cazalet T1 : Etés anglais

    Elizabeth Jane Howard – Ed. La Table Ronde

    Nous sommes en juillet 1937 en Angleterre et le domaine Home Place est en effervescence. Comme chaque été, Kitty et William Cazalet s’apprêtent à accueillir pour les vacances leurs 3 fils venus de Londres, leurs épouses et leurs progénitures… Les domestiques s’activent car il faut que tout soit parfait ! Quelle joie de retrouver cette ambiance « so british » qui m’avait tant séduite dans la série télévisuelle Downton Abbey.

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  • Pacifique

    Stéphanie Hochet - Ed. Rivages

    En 1945, après une formation avec les meilleurs pilotes, Kaneda intègre l’élite. Il se voit alors confier une mission suicide, il devra faire exploser son avion sur un des bâtiments de guerre américains. Cette mission, c’est l’honneur suprême de servir l’empereur du Japon, de défendre son pays contre les ennemis occidentaux. Mais Kaneda est jeune, très jeune ; le doute, la peur l’assaillent alors que ses camarades ont l’air impatients de partir se couvrir de gloire. Son éducation lui intime l’ordre d’obéir avec fierté ; sa grand-mère ne l’a-t-elle pas élevé dans la vénération des traditions ancestrales et des codes d’honneur qui régissent la vie des samouraïs ? Cette mission qu’on lui confie est une grande fierté, pourtant il doute. Il pressent que la guerre est peut-être déjà perdue pour son pays, et puis n’a-t-il pas encore plein de choses à vivre, lui qui est sorti il y a peu de l’enfance. Pourtant ce matin là il monte dans son cockpit et décolle vers l’objectif désigné. Mais le destin est une figure libre qui n’en fait qu’à sa tête et réserve toujours des surprises. Cette histoire, pleine de sensibilité, nous éclaire sur ces vies sacrifiées sur l’autel de l’honneur alors que tout est déjà perdu.

  • Un mariage en dix actes

    Nick Hornby - Ed. Stock

    Véritable pièce de théâtre qui tait son nom, le roman de Nick Hornby se déroule en dix actes qui coulent sur dix semaines. A chaque chapitre, nous retrouvons Louise et Tom attablés avec leur boisson de prédilection dans un pub londonien. Sur le trottoir d'en face se trouve le cabinet de leur psychologue conjugale. Ils attendent avec plus ou moins d'enthousiasme le rendez-vous censé sauver leur couple qui bat de l'aile et tentent de définir l'ordre du jour de la séance à venir. Leurs échanges sont irrésistibles et drôlatiques. Second degré, sarcasme, métaphores et réflexions fines nous régalent à chaque phrase. Mine de rien, sous couvert d'une très grande légèreté, Nick Hornby observe à la loupe le quotidien d'un couple de quarantenaires, mariés de longue date et parents de deux enfants. C'est intelligent, tendre et divertissant.

  • Toutes les histoires d'amour ont été racontées, sauf une

    Tonino Benacquista - Ed. Gallimard

    Pour oublier une réalité peu réjouissante, Léo s’octroie le droit de disparaître de la circulation sans donner de nouvelles. L'au-delà s'est imposé à lui-même, mais pas vraiment celui que l'on croit. Calfeutré dans une petite chambre obscure, Léo s'est crée un laboratoire de l'imaginaire en visionnant des séries télévisées sans discontinuer. Avalé par l'écran de lumière, Léo oublie tout et s'affranchit de toute réflexion pour atteindre un délicieux état de stupeur. L'auteur prend un malin plaisir à mélanger le récit de la vie de son héros avec celle des personnages de séries qui semblent avoir été créés pour répondre aux énigmes des agissements de Léo. Alcooliques anonymes, écrivain sur le déclin ou héroïne de la télénovela brésilienne : tous font écho d'une manière ou d'une autre. Le style de Tonino Benacquista est inimitable et son roman est vraiment unique en son genre !

  • Il est des hommes qui se perdront toujours

    Rebecca Lighieri - Ed. P.O.L

    Trois enfants, deux frères et une sœur, livrés à la misère d’une cité de Marseille. Cette misère, endémique aux quartiers oubliés, est d’une violence telle que personne ne peut échapper à son emprise. Le père alcoolique, drogué, violent, la mère soumise, dans le déni, voilà le point de départ aussi brutal que commun d’une vie chaotique qui s’offre à cette fratrie. Les deux aînés, d’une beauté incroyable, vont manger la vie chacun à leur façon ; le petit dernier, atteint de diverses malformations, voué aux colères effroyables du père, va faire son chemin avec une force et une volonté incroyables. Leur monde, c’est la débrouille, et une solidarité bienveillante qu’ils trouveront chez les gitans du camp d’à coté. Les laissés pour compte, naturellement, se reconnaissent.

    Rebecca Lighieri, la dernière lauréate du prix du livre Inter avec Arcadie, nous livre une œuvre extrêmement aboutie. Les personnages sont décrits avec une justesse, une profondeur telle qu’il est très difficile de refermer ce livre. On en redemande presque, tant ils ont imposé leur présence dans notre univers de lecteur.

  • Un garçon sur le pas de la porte

    Anne Tyler - Ed. Phébus

    Micah, la quarantaine solitaire, est un accroc de la vie ordinaire. Tous les jours, les mêmes gestes répétés s’enchaînent : Jogging à 7h15, douche, ménage, travail... Dans son appartement comme dans sa vie, il veille scrupuleusement à ce que rien ne dépasse. Pourtant, la visite d'un adolescent va déstabiliser ce quotidien si bien agencé. Et pour cause : le jeune homme de dix-huit ans pense être son fils ! Pragmatique et fidèle à lui-même, Micah ne panique pas et dissipe rapidement le malentendu. Malgré tout, à l'image d'un petit grain qui vient enrayer les rouages, l'évènement va tout doucement chambouler sa vie. Et si la machine trop bien huilée cachait quelque chose ? Micah ne va pas tarder à porter un autre regard sur sa vie sans aspérités...

    Dans ce court roman drôle et intelligent à la fois, Anne Tyler nous prouve à nouveau qu'elle excelle dans le portrait de gens ordinaires. Elle nous offre un roman très plaisant que l'on quitte à regret.

  • Le Ghetto intérieur

    Santiago H. Amigorena - Ed. POL

    Le 9 décembre 1940, Vicente Rosenberg, installé depuis quelques années en Argentine, reçoit une lettre de sa mère restée à Varsovie. Cette dernière lui annonce  que les Allemands ont érigé un mur autour du quartier juif de Varsovie et qu’il est de plus en plus difficile de vivre à l’intérieur du ghetto. Commence alors une lente descente aux enfers pour Vicente, qui comprend qu’il ne pourra pas sauver les siens, restés de l’autre côté de l’océan. Alors que les lettres de sa mère se font de plus en plus rares et que les nouvelles d’Europe arrivent en Argentine avec beaucoup de retard, Vicente se mure dans un silence destructeur sous le regard impuissant de ses proches. Un récit bouleversant.

  • Ceux qui partent

    Jeanne Benameur - Ed. Actes Sud

    Comme dans ses précédents romans (Laver les ombres, Profanes ou bien encore Otages intimes), Jeanne Benameur m’accueille, me dévoile ses personnages avec douceur…

    1910, à Ellis Island. Le temps est comme suspendu pendant une journée et une nuit. Ceux qui sont partis se retrouvent bloqués sur cette île. On doit décider de leur sort.

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  • Un océan, deux mers, trois continents

    Wilfried N’sondé - Ed. Babel

    Ce roman raconte le destin hors du commun d’un personnage méconnu, oublié de l’histoire, Nsaku Ne Vunda. Né dans le royaume du Kongo à la fin du XVIème siècle, il est ordonné prêtre et est rebaptisé Dom Antonio Manuel. Sa vie va prendre un tournant extraordinaire quand le roi Alvare II le désigne comme son ambassadeur auprès du pape Paul V. Il va donc embarquer à bord d’un bateau pour rejoindre Rome. Mais auparavant, contraint par les activités marchandes du capitaine, il devra faire route vers le Brésil avant de rallier l’Europe. Il comprendra rapidement toute l’horreur de ce commerce avec la présence de dizaines d’esclaves entassés à fond de cale ; il est à bord d’un navire négrier. Cette découverte va être un choc, ébranlant sa foi, le plongeant d’abord dans l’abîme d’un désespoir sans nom face aux agissements dictés par la cupidité et l’intolérance, puis lui révélant la mission qui sera sienne désormais, rapporter au souverain pontife la réalité et l’ignominie de cette activité. Son voyage, durant de longues années, va être rythmé par les maladies, les tempêtes et les attaques meurtrières de pirates, mais sa résolution sans faille le portera jusqu’à Rome où il décédera en 1608. Un buste en marbre et un portrait seront commandés pour honorer ce saint homme venu délivrer une parole humaniste depuis ses terres lointaines d’Afrique.

  • L’amour aux temps du choléra

    Gabriel García Márquez - Ed. Le Livre de poche

    En ce temps-là l’amour était affaire d’honneur, et pour Gabriel García Márquez, affaire de missives. Secrètes, enflammées, courroucées, implorantes, vibrantes, lyriques, elles s’échangeaient dans le plus grand secret. Les protagonistes usaient de stratagèmes inventifs, de manigances charmantes, cachant les plis entre les vieilles pierres, les faisant porter et glisser sous les portes de nuit, tout était fait dans un seul but : magnifier l’amour et l’art de le déclarer.

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  • Eden

    Monica Sabolo - Ed. Gallimard

    Ne vous y trompez pas. Ce titre paradisiaque cache un danger : une majestueuse forêt menacée qui alimente les histoires les plus terrifiantes. Disparitions inexpliquées et rumeurs d'attaques de bêtes sauvages font partie du quotidien des habitants de cette réserve reculée de tout. Le roman s'ouvre sur un drame : Après plusieurs jours de disparition, la jeune Lucy est retrouvée nue et mutique au pied d'un arbre, couverte de sang et de griffures. Sa camarade de classe Nita décide alors d'élucider cette mystérieuse agression...

    Après Summer, Monica Sabolo revient avec un nouveau roman sombre et cruel, rythmé et contemplatif à la fois. Il est question de fantôme, d'absence, d'adolescence, de forces invisibles et d'injustice. Fascinant et magnifique !

  • Là où chantent les écrevisses

    Delia Owens - Ed. Seuil

    Delia Owens, zoologiste américaine, nous offre un magnifique premier roman qui a déjà rencontré un beau succès aux Etats-Unis.

    Nous sommes en Caroline du Nord où Kya, petite fille de 10 ans  abandonnée par sa famille, se retrouve seule à devoir survivre dans un lieu devenu son refuge : les marais. Elle va tout faire pour échapper aux services sociaux et grâce à quelques personnes bienveillantes, qui lui achètent ce qu’elle  ramène de ses expéditions de pêche, s’en sortir. Au fil du temps, celle qu’on appelle désormais « La fille des marais » s’aguerrit. Ce marais, c’est son domaine. Elle en connaît les moindres détails.

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  • La Soustraction des possibles

    Joseph Incardona - Ed. Finitude

    La Suisse, paradis des banques, de la spéculation de haute volée. Genève, ses quartiers résidentiels, ses riches. Une vraie carte postale. Tout respire l’opulence, la facilité, la certitude d’être nanti. Alors quand on donne des cours de tennis dans un club huppé à des femmes riches et oisives, qu’on est beau et qu’on sait jouer de son charme, on en profite. C’est en tout cas le précepte qu’applique Aldo, professeur de tennis séduisant qui devient gigolo à ses heures perdues. C’est l’occasion pour lui de ramasser les miettes du gâteau. Mais quand il rencontre Svetlana, une jeune financière au potentiel prometteur, c’est une histoire d’amour improbable qui démarre. Ils se sont reconnus au premier coup d’œil. Ils veulent leur part eux aussi ; les miettes, ça suffit. Et le jour où l’occasion se présente, ils foncent, sûrs de leur droit à la richesse, et de leur amour. Mais ce ne sera pas un long fleuve tranquille, loin de là.

    Cette fois l’auteur, après un polar autoroutier (si si, ça existe) et un championnat du monde de sauna un brin décalé, nous entraîne dans le monde des requins. Si vous ne connaissez pas Joseph Incardona, foncez. C’est jubilatoire !

  • Murène

    Valentine Goby - Ed. Actes Sud

    Hiver 1956, dans la campagne Ardennaise. Il fait nuit, la neige a tout recouvert, le froid est intense. Un homme marche seul, à la recherche d’un village, d’une habitation. Apercevant un convoi immobilisé sur une voie ferrée, il décide de prendre de la hauteur pour scruter les environs et monte sur le toit d’un wagon. Ignorant la ligne à haute tension, il se redresse et déclenche dans l’instant un arc électrique qui le propulse dans les airs et le laisse pour mort. En une fraction de seconde sa vie a basculé. Il survit, mais en payant le prix fort : le voici amputé des deux bras, revenu à l’état du petit enfant dépendant. Le moindre geste de la vie quotidienne lui est désormais impossible, l’autonomie est un concept rayé de son existence.

    Si le sujet est sombre, cette histoire est une ode à la vie. Quand la volonté et les rencontres se lient, tout est possible, semble nous dire le jeune François. La lutte est âpre, épuisante, mais devient le sel de sa vie. Valentine Goby montre – si besoin est – l’étendue de son talent pour narrer l’histoire émouvante et incroyable de cet homme qui a décidé de sortir de sa condition par le sport pour redevenir un homme libre.

  • 4 3 2 1

    Paul Auster - Ed. Babel

    La question nous effleure tous : quelle serait notre vie si les évènements passés avaient été différents ? Jusqu'à quel point notre identité et notre destin influencent notre chemin ? Dans son dernier roman, Paul Auster imagine pour nous quatre scénarios possibles pour un même personnage. Quatre destins parallèles qui évoluent dans l’Amérique du XXème siècle. Le procédé narratif est aussi vertigineux que l'épaisseur du livre. Pourtant il suffit de s'embarquer dans la première phrase pour être séduit par les tribulations de cette vie démultipliée, soumise à la « musique du hasard ». L'évocation de plusieurs possibles nous donne l'impression d'approcher au plus près la vérité de l'homme. Roman fleuve et puzzle fascinant, 4 3 2 1 est assurément un grand millésime de Paul Auster à ne pas manquer !

  • Envoyée spéciale

    Jean Echenoz - Ed. de Minuit

    L’histoire commence par un enlèvement. Constance, jeune femme ordinaire (c’est ce qu’on croit au début) est enlevée par deux hommes. Rapidement une rançon est demandée à son mari, mais ce dernier ne semble pas pressé de payer pour la faire libérer. Pendant ce temps, on retrouve Constance dans une maison isolée au milieu de la Creuse, surveillée par deux hommes de main un peu maladroits, pas franchement des pointures. Au fil du récit, on va comprendre que les services secrets sont impliqués dans cette histoire, que cette malheureuse Constance a une particularité qui les intéresse au plus haut point, et que cette affaire va la mener jusqu’à Pyongyang, excusez du peu. Roman d’espionnage ? Oui mais pas que. Sous la plume de Jean Echenoz, on découvre un peu de tout dans ce roman avant tout loufoque, malicieux, grinçant par moment, et qui nous livre une galerie de personnages hauts en couleur qui se croisent lors de scènes jubilatoires, entre vaudeville et film d’action.

  • Harpo

    Fabio Viscogliosi - Ed. Actes Sud

    Nous sommes en 1933. Un homme erre dans la campagne Ardéchoise. Sa voiture a versé dans un fossé, il en est ressorti choqué, et il chemine désormais sur les petites routes désertes, contemplant le paysage, les arbres, les animaux. Il croise la route d’un homme qui le recueille et l’héberge, comprenant qu’il a affaire à un amnésique. Cet homme, visiblement un américain, ne connait pas son identité, ne sait absolument pas ce qu’il fait là, et n’en sait pas davantage sur sa provenance. Son hôte finit par le confier aux bons soins de sa sœur, qui vit à Lyon, et qui va s’attacher, avec l’aide de son mari, à résoudre ce mystère, et découvrir qui il est réellement. Ce personnage énigmatique, un peu lunaire, perdu, c’est Harpo, un des Marx Brothers qui sont alors au faîte de leur gloire.

    D’une jolie plume, tout en sensibilité, par petites touches, l’auteur va faire vivre cet épisode improbable à l’acteur, de retour d’une tournée triomphale en URSS. Loin du personnage de cinéma loufoque et décalé, Fabio Viscogliosi nous dépeint un Harpo extrêmement attachant, qui va traverser ce moment avec grâce et sérénité. Fait réel ou fantasme ? Peu importe, tant on est comblé par ce petit bijou littéraire.

  • Le Dernier hiver du Cid

    Jérôme Garcin - Ed. Gallimard

    Gérard Philipe était un grand comédien, adulé dans le monde entier. Rapidement il se fit une place dans le cœur d’un public avide de nouveaux héros dans la France de l’après guerre. Acteur engagé, il passa allègrement des scènes de théâtre au cinéma, incarnant des personnages tragiques ou romantiques à souhait : Fanfan la tulipe, le jeune François dans Le diable au corps ou encore Don Rodrigue qu’il joua sur les planches du TNP. L’automne 1959 apporta un arrêt brutal à la carrière prometteuse de l’acteur. Ignorant jusqu’au bout la maladie qui le rongeait, il s’éteignit chez lui, près de sa femme. Ce texte, qui rapporte avec beaucoup de sensibilité les dernières semaines de sa vie, offre un regard lumineux sur cet homme à l’énergie et l’enthousiasme débordants.

  • Un autre tambour

    William Melvin Kelley - Ed. Delcourt

    Un événement incompréhensible sort la ville de Sutton de sa torpeur. Un jeune fermier noir répand du sel sur ses terres, abat les quelques animaux qu'il possède, met le feu à sa maison et part sur la route avec femme et enfant. Dans sa foulée, un suite ininterrompue de noirs défile devant le regard médusé des blancs. A pied, en voiture, à vélo ou en carriole, tous prennent la route et quittent la ville. En peu de temps, toute la communauté noire quitte cet État du sud, laissant les blancs à leurs interrogations. Ce premier roman d'un jeune auteur noir américain, publié en 1962, est une fable magistrale et puissante sur un sujet toujours aussi brûlant aujourd'hui, la question raciale aux États-Unis.

  • La Panthère des neiges

    Sylvain Tesson - Ed. Gallimard

    Le dernier ouvrage de Sylvain Tesson est un éloge de l’affût, art difficile, voire incompris pour celui qui n'a guère de temps à perdre. Ici l'auteur, suite à une invitation du photographe Vincent Munier, découvre l'art de l'immobilité. S'il l'avait déjà testé lors de son expérience d’érémitisme dans sa cabane au bord du lac Baïkal, il va éprouver dans les pierriers ou les grottes du Tibet toutes les difficultés que cet art requiert pour atteindre peut-être le graal : assister à l'apparition improbable et fugace de cet animal mystérieux, quasi invisible, la panthère des neiges.

  • Journal de L

    Christophe Tison - Ed. Goutte d’Or

    Ce roman ambitieux reprend la célèbre histoire de Lolita, l’héroïne emblématique de Nabokov, sous la forme d’un journal intime. La parole est donnée à la jeune fille, orpheline et abusée par son beau-père pendant de trop longues années, dans l’indifférence de la société américaine des années 50. Le parcours d’une incroyable adolescente qui tente de se construire en tant que femme dans un univers où les hommes qui l’entourent n’ont d’yeux que pour son corps d’enfant. Une lecture passionnante et déroutante, qui donne envie de réviser ses classiques !

  • La Télégraphiste de Chopin

    Eric Faye - Ed. Seuil

    Dans un appartement pragois en 1995, une vieille dame prétend recevoir la visite de Frédéric Chopin. Ce dernier lui dicte les morceaux qu’il n’a jamais pu produire de son vivant. Les compositions sont bonnes, à tel point qu’une maison de disques projette d’enregistrer les morceaux et de sortir un album plus de cent ans après la mort de l’artiste. Le journaliste Ludvík Slaný a pour mission de faire un reportage sur cette femme qui communiquerait avec les morts. Très cartésien, il décide de démontrer que la vieille dame a forcément un complice très doué qui compose pour elle ces pièces à la Chopin.

    Eric Faye nous offre un roman captivant dans lequel on oscille sans cesse entre doute et certitude. A lire d’une traite !

  • La Tentation

    Luc Lang - Ed. Stock

    François, chirurgien, aime chasser le cerf dans son chalet de montagne. Depuis que ses deux grands enfants ont quitté le foyer et que sa femme court les retraites religieuses dans une quête mystique, le temps ne lui manque pas pour le faire. Un jour, sa fille fait irruption au relais de chasse et lorsque François comprend qu’elle est la proie d’une traque, sa vie bascule. Murée dans une relation passionnelle et toxique dont elle ne peut s’affranchir, elle est empêtrée dans une situation inexplicable. François le découvre. Peine à y voir clair. Mais il n’a pas d’autre choix que d’agir pour elle. Alors que les évènements se bousculent, les parts d’ombres de son existence lui sautent au visage, lui consument l’esprit. Luc Lang, grand spécialiste de l’économie de ponctuation, des images compactées à l’extrême et des détails foisonnants, sait imposer un rythme de lecture haletant. Son écriture nerveuse fait qu’il est impossible de ne pas s’impliquer aux côtés de cet homme acculé. On entend, on voit et on respire avec lui en temps réel. La Tentation est un livre fort sur la paternité et la transmission, difficile à lâcher !

  • Mur Méditerranée

    Louis-Philippe Dalembert - Ed. Sabine Wespieser

    16 juillet 2014, un chalutier prend la mer en direction de Lampedusa. A son bord, de nombreuses personnes qui ont fui leur pays. Malgré des histoires différentes, elles ont entre elles un point commun : la volonté de trouver une vie meilleure ailleurs, en Europe.

    L’auteur tahitien nous raconte ce voyage terrifiant à travers le regard de trois femmes magnifiques. Il y a Chochana, une Nigériane, et Semhar, une Erythrèenne. Elles se sont rencontrées il y a quelques mois, se sont raconté leur histoire et s’accrochent désormais l’une à l’autre pour survivre. Puis il y a Dima, une bourgeoise syrienne, qui a quitté Alep avec son mari et ses deux filles. Elle a désormais compris que la douceur du temps passé n’existe plus. L’une voyage sur le pont avec sa famille, les deux autres sont enfermées dans la cale.

    Louis-Philippe Dalembert, dont la lecture de Avant que les ombres s’effacent nous avait marqués, prend à bras le corps un sujet d’actualité et en fait un roman indispensable sur l’exil, absolument bouleversant.

  • Coup de vent

    Mark Haskell Smith - Ed. Gallmeister

    Après plusieurs jours d’errance en mer, Neal Nathanson pense avoir eu de la chance lorsque son voilier est remarqué par Chloé, une navigatrice voyageant en solitaire. Après avoir trouvé une dizaine de sacs remplis d’argent liquide à bord du navire, celle-ci devient méfiante et Neal va devoir faire preuve de persuasion pour la convaincre de son honnêteté. Il va alors lui raconter son histoire…

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  • La vie en chantier

    Pete Fromm - Ed. Gallmeister

    Pete Fromm ne se laisse jamais aller à la facilité sensationnaliste et au pathos, même lorsqu'il s'attaque à un sujet on ne peut plus grave.

    Son nouveau roman s'ouvre sur un drame. La jeune Marnie meurt en couches, laissant derrière elle une vie pleine de projets et un compagnon dans le désarroi face à ce petit être qui ne voit pas au delà d'une longueur de bras. Les premiers jours de cette naissance sont marqués du sceau du deuil, des heures écrasées d'appesantissement que seul déchire le nourrisson affamé. Heureusement, à la perte impensable vient répondre la force de l'amour, de l'amitié et de l'humour. Pete Fromm se glisse dans la peau de ce jeune père pour qui courage, souffrance, joies inattendues et acceptation s'entremêlent. Le résultat est lumineux et impressionnant d'authenticité. La vie en chantier fait partie de ces romans qui en toute simplicité nous rappellent que la vie ne manque pas de ressources pour contredire la noirceur d'un destin.

  • Histoire d’Adrián Silencio

    Éléonore Pourriat - Ed. JC Lattès

    Peut-on réellement connaître le passé de ses aïeux ? Hantée par les déconvenues familiales, Cléo se questionne sur son grand-père dont elle ne sait rien. Qui était Adrián Silencio ? Un musicien. Tout le monde dans la famille s’accorde sur cela. Un exilé espagnol arrivé en France dans les années 30. Ce fait est communément admis par ses enfants, Marie-Christine, Tina et Vivo. Un homme droit selon Vivo. Mais qui avait un fils en Espagne selon Tina. Et qui n’a pas pu épouser la grand-mère de Cléo car il était déjà marié dans sa vie d’avant. Confrontée aux souvenirs parcellaires et au silence de la génération qui la précède, Cléo décide de mettre en lumière le passé de ce grand-père que tout le monde s’échine à taire.

    Ce premier roman nous plonge dans une quête familiale et intime et nous narre d’une belle écriture le destin d’une famille déchirée entre passé et présent, entre Espagne et France, entre amour et solitude.

  • A crier dans les ruines

    Alexandra Koszelyk - Ed. Aux Forges de Vulcain

    Léna et Ivan sont inséparables. A Pripiat, on ne voit jamais l’un sans l’autre. Si les parents de Léna sont des scientifiques qui travaillent à la Centrale distante d’à peine trois kilomètres, ceux de Ivan vivent en quasi autarcie dans la forêt environnant la ville. Les enfants grandissent ensemble, se créant un monde magique qu’eux seuls peuvent investir. Mais le 26 avril 1986, le réacteur N°4 de la centrale de Tchernobyl explose et Léna et ses parents quittent la ville le jour même. La famille d'Ivan reste quant à elle dans la région, subissant de plein fouet les conséquences de l’accident nucléaire.

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  • El Dorado

    Pierre Daymé - Ed. Fayard

    Une femme débarque seule sur une petite île dans la baie de Naples, et s'installe dans une maison qu'elle a louée pour le séjour. Son mari, contraint par son travail, doit la rejoindre d'ici quelques jours ; ils pourront ainsi fêter leurs 30 ans de mariage sur cette île qui avait accueilli leur voyage de noces. Sous la canicule, au milieu des touristes et des locaux, elle ne reconnaît rien, et erre dans le village, à la recherche de souvenirs qui se refusent à elle. Mais cette quête va révéler plus sûrement les fissures qu'elle avait promptement éludées. Quelle femme est-elle réellement, entre sa mémoire vacillante et une vie qui lui échappe. Son mariage, son mari cet inconnu, sa vie passée, tout semble se dérober. Entre réalité et fantasmes, ce séjour aux accents oniriques va être l'occasion de reconstituer le puzzle de toute une vie.

  • Les Simples

    Yannick Grannec - Ed. Anne Carrière

    L’évêque de Vence Jean de Solines a eu une bien mauvaise idée en envoyant son vicaire Léon de la Sine à l'abbaye Notre-Dame-du-Loup. Il est vrai que les préparations médicinales des bénédictines ont acquis une solide réputation. Grâce à Sœur Clémence qui connaît le secret des simples, les baumes, tisanes et cordiaux de Sainte-Vérane sont demandés jusqu'à la cour, renforçant un commerce que l'abbesse gère avec rigueur. Tout était en place pour attiser la convoitise du Prélat. Mais la présence du jeune vicaire dans les murs de l'abbaye va déclencher un véritable cataclysme. Les sœurs, converses et novices vont connaître les affres de l'envie et de la jalousie, le démon de la luxure va tout embarquer sur son passage. Le diable est à son affaire. Un roman fort et magistral sur la vie rude et tourmentée d'une communauté qui a voué sa vie à Dieu.

  • Les petits de Décembre

    Kaouther Adimi - Ed. Seuil

    Nous sommes à Dely Brahim, petite ville à l'ouest d'Alger. Au centre des habitations, un grand terrain à l'abandon fait la joie des enfants du quartier. Lorsqu'ils y jouent au football, absorbés par leur jeu, ils n'ont que faire de la boue, des trous, des cailloux et des broussailles qui témoignent pourtant d'un dysfonctionnement regrettable. Ce terrain, c'est une respiration pour eux. De fait, lorsque deux généraux débarquent avec en main un acte de propriété et les plans de leurs futures villas, une bagarre éclate. Pour lutter contre l'ordre établi, les enfants vont s'unir et échafauder des plans...

    Avec ces chapitres hachés menus, son écriture aérienne et vivante, les situations cocasses et les personnages hauts en couleurs qu'elle imagine, Kaouther Adimi s'impose comme une brillante conteuse. Mais derrière la légèreté digne d'une farce se dessine une Algérie contemporaine complexe, empêtrée dans ses paradoxes, bousculée plusieurs fois par l'Histoire.

  • Idaho

    Emily Ruskovich - Ed. Gallmeister

    Un jour d'été en forêt, avec sa femme et ses deux filles, Wade va connaître l’impensable, ce qui restera à tout jamais inexpliqué. En un instant sa famille va exploser. 10 ans plus tard, alors qu'il a refait sa vie avec Ann, la malédiction familiale le rattrape ; petit à petit, comme son père et son grand-père, sa mémoire s'effrite et lui échappe. Seules subsistent quelques bribes de souvenirs qui lui aiguillonnent l'âme avant qu'il ne bascule dans un monde où la souffrance disparaît ; bientôt le traumatisme sera oublié comme tout le reste. Devant cette perte inéluctable de l'identité et du passé de son mari, Ann cherche à comprendre ; que s'est-il passé ce jour là dans la forêt de si terrible, et qui pourtant va disparaître avec la maladie de Wade? Ce roman, inclassable, d'une puissance incroyable, fait partie des quelques livres qui bouleversent le lecteur et laissent leur empreinte indélébile.

  • Nomadland

    Jessica Bruder - Ed. Globe

    Ce documentaire est avant tout édifiant, égratignant encore un peu plus ce rêve américain qui n'en finit pas de s'effriter. Une nouvelle population est en marche depuis quelques années aux Etats-Unis, jetée sur les routes, envahissant les zones urbaines aussi bien que les coins reculés en pleine nature. Qu'ont-ils pu faire pour en arriver là ? Ils ont tout perdu, leur travail, leur maison. Après un divorce ou un problème de santé – ou les deux à la fois – ayant fini de les mettre sur la paille, leur seul recours est de dénicher un vieux fourgon, camping-car ou van rafistolé – leur nouvelle maison – et de partir aux quatre coins du pays pour travailler dans les campings, les champs de betterave ou les entrepôts immenses d'Amazon. La plupart, en âge de goûter une retraite méritée, continuent de s'éreinter 10 à 12 heures par jour. Mais ce nouveau mode de vie, adopté dans la survie, va révéler ce qu'ils ne soupçonnaient pas : une amitié et une solidarité entre membres d'une même communauté qui n'en finit pas de grossir. Le nomadisme : le retour à une nouvelle forme de liberté pour les seniors qui ont tout perdu.

  • Arcadie

    Emmanuelle Bayamack-Tam - Ed. POL

    L'histoire se déroule à Liberty House, demeure isolée où une communauté d'inadaptés sociaux tente de vivre d'amour et de grands principes à l'abri des regards et loin du tumulte extérieur. Farah y vit depuis sa petite enfance. A 16 ans, alors qu'elle pense que la féminité est enfin à portée de main, la pilosité de Farah mais aussi son timbre de voix et sa masse musculaire échappent à tout contrôle. Avec beaucoup de drôlerie et d'esprit, elle nous raconte son début mal engagé dans la vie. Tout est passionnant dans les méninges de Farah. Ses réflexions sur le désir, la sexualité, la féminité, qu'elle nous livre avec beaucoup de franchise et d'autodérision. Son enquête sur ce moment de flottement et de trouble qu'est l'adolescence. Ses souvenirs d'enfance au milieu de cette petite confrérie libertaire atypique et son extra-lucidité sur ses dysfonctionnements notoires.

    Dans ce livre, Emmanuelle Bayamack-Tam ose tout ! Elle a le sens des formules et réussit un véritable tour de force en mêlant une langue tantôt classique, tantôt extrêmement crue. Le résultat est admirable, percutant et délicieusement subversif.

  • Mrs Hemingway

    Naomi Wood - Ed. Folio

    Magnétique, charismatique et d'une beauté insolente, Ernest Hemingway ne manquait pas d'atouts pour faire tourner les têtes. La candide Hadley, la flamboyante Fife, l'impétueuse Martha et la touchante Mary ont été les quatre « Mrs Hemingway ». Des années 20 à 60, de Chicago à l'Idaho en passant par Antibes, Paris, Madrid ou Cuba, elles exposent successivement les fragments de vie qu'elles ont partagés avec le géant des lettres américain. Dans ce portrait intime à quatre voix se dévoile un être sensible, complexe et déroutant. Amoureux transi, nul en tant que mari, Ernest Hemingway est atteint d'une incurable mélancolie que seule la passion initiale semble apaiser. Hadley, Fife, Martha et Mary ont aimé et subi cet homme chacune à leur façon. En confiant le récit à ces femmes qui ont sacrifié un peu d'elles-mêmes par amour et par admiration, Naomi Wood livre une biographie romancée palpitante.

  • Normal

    Warren Ellis - Ed. Le Livre de poche

    Adam Dearden vient d'arriver à Normal Head, un centre un peu particulier qui accueille des patients d'un genre nouveau, rendus névrosés par leur travail. Que leur est-il arrivé pour que leur employeur décide de les faire interner dans cet institut niché au cœur d'une forêt de l'Oregon? Ces femmes et ces hommes sont des veilleurs et analystes qui ont travaillé sur le futur, cherchant à deviner les prochains bouleversements qui régiront la vie de toutes et tous : guerres, mutations technologiques, populations sous surveillance. Ils ont scruté l’abîme, y ont laissé leur âme et sont devenus fous. Mais un matin, c'est l'effervescence quand un patient disparaît, et que tout le monde apprend que son lit a été colonisé par une myriade d'insectes. Quelques clients de l'institut vont alors faire appel à ce qui leur reste de capacités intellectuelles pour mener l'enquête. Un brin décalé, non dénué d'humour, ce mélange étonnant de fable d'anticipation et de thriller aux accents prophétiques offre une lecture réjouissante.

  • Le poids de la neige

    Christian Guay-Poliquin - Ed. J'ai lu

    Dans ce roman, les grands espaces, les forêts à perte de vue, les montagnes enneigées ont la part belle. Un paysage sans limite où la neige fait son office petit à petit, sans faiblir, et ensevelit un monde qui tourne au ralenti. Pourtant, malgré ce décor de grand Nord, il s'agit là d'un huis-clos. Deux hommes doivent cohabiter, reclus dans une véranda où la vie est à peu près supportable, près du poêle qui tourne en permanence. Le plus jeune, recueilli après un accident de voiture, les jambes brisées, est laissé aux soins du plus âgé. Les contacts avec l'extérieur sont réduits à de rares visites. Les nouvelles ne sont pas bonnes, il n'y a plus d'électricité, plus d'essence, c'est la grande panne. La survie s'organise. Le face à face est pesant, l'un est dépendant de son hôte, celui-ci n'a qu'une idée, partir retrouver sa femme. Dehors, l'hiver s'étire, interminable, et la neige n'en finit pas de tout recouvrir. Un auteur Québecois à découvrir.

  • Une femme en contre-jour

    Gaëlle Josse - Ed. Noir sur Blanc

    Avril 2009. Vivian Maier, ancienne nurse, s’éteint dans le plus grand anonymat. Quelques jours après son décès, un homme, John Maloof, découvre une enveloppe portant le nom de cette inconnue dans un des cartons qu’il a acquis lors d’une vente aux enchères. Les photographies et les négatifs qu’ils contiennent se révèlent être de véritables œuvres d’art. Ainsi commence la mise en lumière du travail de Vivian Maier. Pour autant, personne ne sait rien de cette figure inconnue qui a passé une bonne partie de sa vie à travailler comme nurse chez les familles bourgeoises de Chicago.

    Gaëlle Josse nous narre de sa belle écriture une vie de femme sans cesse morcelée et dont on peine à distinguer les contours et à cerner les motivations. A la fois portrait et réflexion sur le statut d’artiste, le récit de Gaëlle Josse interpelle et questionne : peut-on toujours avoir les clés d’une vie ?

  • Taqawan

    Eric Plamondon - Ed. Le Livre de poche

    La réserve du Ristigouche est en ébullition. Les forces de sécurité viennent d'investir le camp des indiens mig'maqs pour détruire leurs filets de pêches. Arrestations et violences policières déclenchent alors des émeutes dans cette partie du Québec. Dans ce contexte social tendu, une jeune indienne disparue est secourue par un ancien garde des forêts. Avec l'aide d'un vieil indien qui vit seul dans les bois, il va être confronté au racisme ordinaire et à la violence qui gangrènent la société. La ségrégation raciale des amérindiens a la vie dure ; après avoir perdu la plus grande partie de leurs territoires de chasse, ils se voient maintenant interdits de pêche. L'oppression est quotidienne, leurs droits ont été bafoués, leur culture est niée, que leur reste-t-il ? Voici un roman formidable, où les dialogues laissent deviner un certain accent savoureux. Entre récit social et historique, il nous apprend autant sur le Québec que sur le peuple des mig'macs qui tente de vivre selon ses coutumes et ses croyances.

  • Le Chant des revenants

    Jesmyn Ward - Ed. Belfond

    Voilà un roman qui nous emmène très loin dans le lyrisme pour mieux nous conter le réel d'une famille noire du sud des Etats-Unis. Trois voix particulièrement incarnées s'entremêlent pour créer un chant sublime, puissant et déchirant : celle de Jojo, jeune garçon de treize ans forcé d'endosser un rôle d'adulte responsable, celui de sa mère incapable de l'être et celle de Richie, un fantôme du passé que seul Jojo est capable de voir et d'entendre. Sans dérouter ses lecteurs, Jesmyn Ward mélange surnaturel et réalisme cru. Elle délivre ainsi un texte fort sur l'amour familial, l'instinct maternel défaillant, la transmission, le racisme, la drogue, la culpabilité et la rédemption. Son talent et sa sensibilité lui permettent de remporter le prestigieux National Book Award pour la seconde fois.

  • Le Rire amer d'Aristophane

    Antigone Trogadis - Ed. N&B

    Après les deux premiers volets, dont le lumineux Grecques, qui évoquait l’époque sombre des Colonels à la fin des années 60, Antigone Trogadis continue son voyage en Grèce, de nos jours, alors que le pays est en proie au marasme économique que l’on connaît. Les personnages qu’elle décrit, tour à tour victimes ou simples témoins, nous offrent une vision réaliste et effrayante de la société ébranlée par cette crise. Un père à la recherche de sa fille, la petite troupe d’un théâtre traditionnel d’ombres ou un retraité, tous sont confrontés à l’incompréhension et la peur, quand la misère sépare douloureusement des familles et dresse certains contre ceux qui n’ont plus rien. Plein d’humanité ce récit, entre ombre et lumière, nous dévoile des personnages aux trajectoires différentes, mais que seules l’empathie et la bonté peuvent maintenir en vie.

  • Personne n'a peur des gens qui sourient

    Véronique Ovaldé - Ed. Flammarion

    Sans préavis et sans une explication, Gloria file récupérer ses filles à l’école en prenant soin de glisser passeports et Beretta dans sa valise. Elles quittent le Sud pour trouver refuge au cœur d’une forêt alsacienne où personne ne devrait les trouver. Pourquoi cette fuite soudaine ? Quelle menace dont on ignore la nature Gloria craint-elle ? Pour comprendre, il nous faudra remonter l’histoire de sa jeunesse tourmentée, parsemée d’idées noires, de morts violentes et d’amours inconditionnels. Gloria est une magnifique héroïne tragique, bouleversante et obstinée qui trace sa route comme elle le peut. Une mère-louve prête à tout et une grande amoureuse. Roman prenant et sans cesse surprenant, dans ses rebondissements comme dans son  subtil dosage entre tension, road-movie et histoire d’amour, Personne n’a peur des gens qui sourient est un maelstrom d’émotions impossible à lâcher.

  • La Fille entre deux chaises

    France Cavalié - Ed. Sable polaire

    Nous avions découvert France Cavalié avec son premier roman Baïnes paru en 2015. Elle dévoile aujourd’hui son nouveau livre tout aussi bouleversant et nous propose de découvrir l’histoire de deux sœurs : Blanche et Irène Guérin-Lambrac. Toutes deux se sont perdues de vue après la mort de leur père. L’une le vénérait, l’autre était malmenée par lui depuis l’enfance : leur vie  fut marquée par cette figure paternelle. Elles se sont construites en tant que femmes sous le prisme de son regard. Blanche admire profondément sa sœur et aime son père. Comment trouver sa place auprès de ces deux individus qui comptent tant pour elle ? Elle se souvient de sa volonté, déjà enfant, de les réunir, de ne pas les perdre. Elle se souvient de ses erreurs, de ses maladresses pour sauver ce trio bancal, de ses disputes avec sa sœur et de leurs retrouvailles après des mois de silence. Les deux femmes ont eu une vie bien remplie où l’art tient une place essentielle et a toujours été le lien entre elles : l’une devenue écrivain, l’autre photographe de guerre. Lors d’une exposition consacrée à la carrière de sa sœur, Blanche a bien l’intention de la retrouver et de comprendre ce passé afin de construire enfin un futur.

  • Imago

    Cyril Dion - Ed. Babel

    Célèbre militant écologiste, Cyril Dion a plus d’une corde à son arc. Pour sa première fiction, il s’empare d’un sujet particulièrement sensible, brûlant d’actualité, et signe un livre remarquable sur le destin de quatre personnages pris au cœur du conflit israélo-palestinien. Nul besoin de se perdre dans des analyses géopolitiques, le destin d’Amandine, Nadr, Khalil et Fernando témoigne de l’absurdité de la guerre mieux que n’importe quel discours. Le roman s’attache avant tout à nous démontrer les effets toxiques d’un tel conflit sur les hommes et les femmes qui souhaitent s’affranchir de la misère dans laquelle ils semblent englués malgré eux. Un roman juste, sensible et poétique à découvrir.

  • Manifesto

    Léonor de Récondo - Ed. Sabine Wespieser

    Après les splendides Amours, Pietra viva ou Point cardinal, Léonor de Récondo quitte la fiction pour nous livrer un instant extrêmement personnel: la dernière nuit de son père. Les courts chapitres s’enchaînent : ceux où l’auteure décrit avec précision, justesse et tendresse sa présence auprès de son père dans la petite chambre d’hôpital et ceux où elle l’imagine dans les nuages en pleine conversation avec Hernest Hemingway. La fiction n’est jamais très loin finalement...Peut-être permet-elle d’accepter que l’esprit du père s’évade et d’alléger ce moment si douloureux ? Où n’est-ce pas au fond le meilleur moyen de retenir la vie et de rendre un hommage parfait pour cet homme rempli de création ? Livre sur la mort, Manifesto est également une ode à la vie, à la création et à l’amour. La phrase de Léonor de Récondo, limpide et toujours réduite à l’essentiel, capte toute l’intensité des émotions. Il en résulte un joli tour de force tout en douceur.

  • La Nature exposée

    Erri De Luca - Ed. Folio

    L’homme, sculpteur, est aussi passeur professionnel, comme deux amis du village. Il guide les migrants à travers la montagne jusqu’à la frontière, et une fois sa mission accomplie il leur rend l’argent. Quand l’histoire s’ébruite, la presse s’en empare et fait de lui un héros, mais c’en est terminé de leurs affaires; les douaniers ont investi le coin, les migrants ne viendront plus. Chassé du village, il se réfugie dans une petite ville côtière où l’église lui confie la restauration inédite d’un crucifié en marbre grandeur nature. Son travail consiste à ôter la draperie pour exposer aux yeux de tous la nature, c’est-à-dire le sexe du christ. Cette commande va bouleverser l’artiste, mais aussi l’homme. Selon lui, rendre ce chef d’œuvre dans son état originel est un acte primordial qui va l’amener à s’identifier au supplicié. Le sculpteur, confronté physiquement à la passion du Christ, va partir dans une quête magnifique de la vérité, véritable ode spirituelle et poétique à la compassion des êtres.

  • Les Huit Montagnes

    Paolo Cognetti - Ed. Le Livre de poche

    Les Huit Montagnes, c'est une histoire d'amitié et une histoire d'amour ; un amour immodéré pour la montagne. Au départ c'est une histoire banale. Loin de leur vie citadine, un père amène son jeune fils, Pietro, découvrir la montagne – les Dolomites, pour être précis – en lui faisant connaître le bonheur inégalé d'une nuit en refuge après une journée de crapahute et un repas frugal, et le réveil très tôt quand les étoiles s'obstinent à scintiller, pour reprendre le chemin à la lueur de la lampe torche. Mais quand Pietro fait la connaissance d'un autre garçon du même âge, un jeune vacher qui vit dans un hameau de montagne toute l'année, les courses et les jeux changent de saveur et cimentent une amitié indéfectible. Alors que la vie les éloigne, l'un reste farouchement attaché à sa montagne, et l'autre court les montagnes de par le monde. Cette histoire est une ode à l'amitié et à une certaine idée de la montagne , avec ses sommets débonnaires et la sérénité des grands espaces triomphants, loin de la frénésie des alpinistes intrépides.

  • Le Lambeau

    Philippe Lançon - Ed. Gallimard

    Philippe Lançon, journaliste et critique à Libération et à Charlie Hebdo, assiste à la conférence de rédaction de Charlie, avec les Bernard Maris, Cabu, Wolinsky et autres troublions de la presse, de joyeux libertaires qui ne savent pas qu'ils vont tomber sous les balles de sinistres extrémistes. Ce 7 janvier à 11h25, il devient le témoin de cette tuerie. Chaque tir est ponctué d'un funeste « Allah Akbar », puis le silence s'installe. Il ne ressent rien, pas encore, à cet instant il sort de sa vie, de sa vie d'avant, de la vie des autres, les vivants. La vie d'après n'existe pas, n'a aucun sens. La suite n'est qu'instants brumeux, incertains, des souvenirs irréels. A l’hôpital, il ne connaît pas la douleur, il est la douleur. Il parle de moments où la minute suivante semble aussi peu accessible que le plus lointain Eldorado. Les passages au bloc se succèdent. Chloé sa chirurgienne fait preuve d'imagination et d'un professionnalisme forcené, elle va lui remodeler ce bas du visage qui a disparu. Ne nous y trompons pas. Ce témoignage bouleversant qui nous amène au bord de l'indicible, de l'insoutenable, nous tire vers le haut, hors de ce puits insondable dans lequel veulent nous jeter les fanatiques religieux aux cerveaux racornis.

  • Marx et la poupée

    Maryam Madjidi - Ed. J'ai lu

    Prix Goncourt du premier roman 2017, Marx et la poupée retranscrit l’itinéraire d’une enfant exilée, écartelée entre l’identité iranienne et française. Avec ce premier roman largement autobiographique, Maryam Madjidi remonte à la source du déchirement dans une chronologie anarchique qui nous prive de repères. N’est-ce pas finalement la forme adéquate pour retranscrire le chaos qui caractérise son exil ? Déroutante mais pleine de fraîcheur, l’écriture d’une grande force expressive apporte son lot de poésie, d’humour et de réflexions. Elle nous donne à voir comment les racines déterminent la vie des individus et imprègnent leurs rêves.

  • Summer

    Monica Sabolo - Ed. Le Livre de poche

    Roman noir dont on tourne les pages avec passion, dans un mélange d’effroi et d’excitation, Summer brille par son atmosphère poétique et sa construction digne d’un thriller. Lors d’une partie de cache-cache sur les rives du lac Léman, Summer Wassner, dix-neuf ans, disparaît sans laisser de traces. Vingt-cinq ans ont passé. Vingt-cinq années que son frère Benjamin a traversé avec un détachement apathique, empêtré dans ses contradictions et les secrets de familles. A la suite d’un événement anodin qui le submerge jusqu’au vertige, sa sœur disparue hante ses nuits. Benjamin se lance alors dans une mystérieuse enquête nourrie de réminiscences, d’apparitions aqueuses et de souvenirs recomposés …

  • Les spectres de la terre brisée

    S. Craig Zahler  - Ed. Gallmeister

    Un jeune dandy sans le sou est recruté par les frères Plugford et leur père John Lawrence pour les aider à libérer leurs sœurs qui sont retenues captives dans un bordel au Mexique. L'équipée sauvage s'annonce périlleuse et l'expédition punitive va rapidement tourner au jeu de massacre.

    Imaginez Tarantino décidant de se lancer dans l'écriture d'un western, et non dans la réalisation d'un film. Alors ne cherchez pas plus loin, ce pourrait être ce roman, tant il est proche de son univers. Tout y est, des personnages déglingués à souhait, des morceaux de bravoure, une violence apocalyptique qui flirte avec un zeste d'humour, et un rythme qui ne faiblit jamais. Une lecture véritablement jubilatoire pour les fans du genre.

  • Le discours

    Fabrice Caro - Ed. Gallimard

    Fabrice Caro est l'auteur de nombreuses bandes-dessinées hilarantes, dont le fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. Il publie cette fois un roman tout aussi exquis, mettant en scène un quadragénaire désabusé qui rumine un chagrin d'amour durant un repas de famille qui n'en finit pas. Un comédie sentimentale extrêmement distrayante et bien écrite qui oscille entre humour noir et tendresse. On rit aux éclats à chaque page !

  • Les frères Lehman

    Stefano Massini - Ed. Globe

    L'ambition littéraire est élevée : 840 pages au compteur et une écriture inventive, rythmée de psaumes. Il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour tenter un premier roman de cette envergure  mais la réussite est totale tant le texte est foisonnant, drôlatique et plaisant. Cette cadence jubilatoire presque hypnotique retranscrit avec brio l'épopée familiale des Lehman Brothers, du jour où Henry Lehman quitte la Bavière natale en 1844 pour poser le pied en Amérique jusqu'à la faillite de l'empire familial en 2008. Trois générations de Lehman se succèdent au rythme des entreprises de coton, café, pétrole, tabac...et c'est toute l'histoire de l'Amérique qui défile sous nos yeux. Leurs rencontres, leurs déboires, leurs projets toujours plus démesurés : tout est savoureux, rempli d'humour et passionnant !

  • Les enfants du cœur

    Heater O'Neill - Ed. Seuil

    En 1914, à Montréal, Rose et Pierrot sont abandonnés à l’orphelinat. Attirés l’un par l’autre, ils deviennent vite inséparables et se découvrent un don qui va leur permettre de survivre ensemble. Lui est un pianiste prodigieux, elle, magnétique, réalise des pantomimes extraordinaires. Grâce à cela, ils côtoient les salons de la bonne société et imaginent un rêve commun : créer une troupe de cirque unique qui s’appellera « La grande fantasmagorie des flocons de neige ». Lorsque, à l’adolescence, la vie les sépare, leur croyance dans un avenir commun et dans leur amour, leur permettra de tenir. La misère et la peur ne parviendront jamais à anéantir leur innocence. Ce conte pour adultes est d’une grande poésie et l’auteure a une manière presque onirique de nous raconter cette histoire. Sa peinture de l’époque n’est pas sans rappeler l’univers de Dickens formidablement installé dans une ambiance gothique.

  • Le Théâtre de Slávek

    Anne Delaflotte Mehdevi - Ed. Gaia

    Dans le Prague du XVIIIème siècle, un vieil homme nous raconte son histoire. De son enfance dans le quartier des artisans au jour où le carrosse du comte Spork lui a broyé les jambes en passant par son amour du théâtre, ce récit d'une vie est aussi le récit d'une ville qui lutte pour conserver son identité au sein de l'Empire austro-hongrois. Voici une très belle fresque qui, portée par l'écriture ciselée d'Anne Delaflotte Mehdevi, vous fera voyager dans le temps.

  • Concours pour le Paradis

    Clélia Renucci - Ed. Albin Michel

    Venise, 1577. Un incendie se déclare dans le Grand Palais. Le Doge et ses conseillers décident alors de remplacer l’immense toile de la Salle du Grand Conseil. Mais qui choisir pour réaliser la peinture ? Et quel sujet pour un tableau aussi important ? Au bout de longs mois, l’affaire est décidée. Ce sera un paradis à la gloire de Venise et le peintre sera choisi grâce à un concours.

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  • La Loi de la mer

    Davide Enia - Ed. Albin Michel

    Tout le monde a entendu parler de Lampedusa, cette petite île italienne proche des côtes tunisiennes, lieu depuis des années de terribles tragédies. L'auteur, durant 3 ans, s'y rend avec son père désormais à la retraite, ce sera l'occasion pour eux d'apprendre à se connaître. Les Siciliens sont avares de mots, on leur a appris à taire les sentiments. Lors de ses séjours, il recueille nombre de témoignages auprès des migrants, mais aussi des acteurs de ce drame qui n'en finit pas : secouristes, pêcheurs, plongeurs, infirmière ou médecin, tous livrent ce qu'ils ont vécu. Ils ont découvert nombre de survivants, arrivés au terme de voyages insensés, et des morts qui se comptent par dizaines, voire par centaines, parfois dans une même journée. A Lampedusa on ne dort pas très bien la nuit, quand on a vu ces hordes de fantômes envahir soudainement la plage et se diriger vers les premières maisons. Les volets se ferment dans un premier temps, puis les portent s'ouvrent. Les gens donnent ce qu'ils ont, des couvertures, des vêtements, de la nourriture, et tout leur cœur.

    Un texte émouvant d'un auteur qui a scruté cette tragédie quotidienne, témoin de cette détresse qui a envahi les habitants de cette île aride qui se sentent démunis, abandonnés du reste du monde.

  • Wild side

    Michael Imperioli - Ed. Autrement

    Dans les années 70, le jeune Mat n'a connu que le Queen's, vivant seul avec sa mère et le souvenir de son père décédé. Un héritage inattendu les propulse directement jusqu'à Manhattan, dans un appartement cossu de la 52ème rue. Les rencontres à venir vont changer radicalement son existence et le mener sur des chemins improbables. Il y a d'abord Véronica, rencontrée dans son nouveau lycée, un peu mystérieuse, un peu mystique. Les filets sont tendus, il lui sera difficile d'y échapper. Il y a surtout cet homme étrange, habitant dans le même immeuble qu'eux, un certain Lou Reed, fantasque, musicien, poète, qui va l’entraîner dans un véritable tourbillon.

    L'auteur nous offre là un premier roman abouti sur le passage à l'age adulte d'un jeune New-Yorkais, bousculé par le tumulte de Manhattan et ces rencontres surprenantes qui vont le marquer d'une manière indélébile.

  • Le Grand Nord-Ouest

    Anne-Marie Garat - Ed. Actes Sud

    A la fin des années 30, Oswald Campbell, homme d’affaires de la côte ouest, est retrouvé mort sur la plage de Santa Monica. Sans que personne n’aie le temps de réagir, sa femme, Lorna del Rio, et sa fille, la petite Jessie, disparaissent dans la nature. Direction le Grand Nord-Ouest !

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  • A son image

    Jérôme Ferrari - Ed. Actes Sud

    Antonia est morte à l’aube. Au volant de sa voiture, éblouie par les premiers rayons du soleil, elle n’a pas vu le virage. Son corps est retrouvé trente heures plus tard au fond d’un ravin. A présent, ils sont tous là, dans l’église : ses parents, son frère, les connaissances, les gens du village. Et, surtout, son oncle, qui célèbre l’office funèbre, qui se souvient de la jeune femme, qui cherche à tout prix à contenir son chagrin.

    Jérôme Ferrari livre ici un roman bouleversant. A travers le portrait d’Antonia, il nous interroge sur la puissance des images et sur le pouvoir de la photographie face à la violence et à la mort.

  • La Blessure

    Jean-Baptiste Naudet - Ed. L'Iconoclaste

    Jean-Baptiste Naudet est reporter de guerre. Il a couvert différents conflits contemporains (la Bosnie, le Kosovo, l’Afghanistan,…) et en est revenu marqué à jamais. Attiré malgré lui par ces zones de guerre, il sombre peu à peu et est interné dans un hôpital psychiatrique à Paris.

    La folie, il connaît. Enfant, il a vu sa mère, Danielle, peu à peu basculer. Et un jour enfin, elle lui parle d’un fiancé mort pendant la guerre d’Algérie.

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  • Une maison parmi les arbres

    Julia Glass - Ed. Gallmeister

    Je n’avais pour ma part jamais lu d’ouvrages de Julia Glass. Cette auteure américaine a pourtant écrit de nombreux livres et est aujourd’hui publiée dans une quinzaine de pays.

    Son nouveau roman Une maison parmi les arbres m’a captivée !

    Tomasina travaille depuis des années pour Morty Lear, un auteur de jeunesse extrêmement connu et vénéré dans son domaine. En tant qu’assistante elle gère son planning, ses différents engagements avec les libraires, les éditeurs … Avec le temps, elle est aussi devenue sa confidente et a même fini par venir habiter avec lui.

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  • K.O.

    Hector Mathis - Ed. Buchet Chastel

    Sitam, la vingtaine, est un original qui s'évade par l'imagination et s'élève par l'écriture. Peu causant mais terriblement attentif aux autres, il habite l'instant présent et cultive une certaine forme de candeur touchante. Lorsque l'Europe entière est plongée dans la peur, les attentats et l'horreur, l’histoire du jeune homme se resserre petit à petit autour du désespoir. La mort rode autour de lui...

     

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  • La somme de nos folies

    Shih-Li Kow - Ed. Zulma

    Premier roman plein de vitalité porté par des héroïnes au caractère bien trempé, La somme de nos folies nous emmène en Malaisie. Dans la petite ville perdue de Lubok Sayong, les inondations semblent se rejouer éternellement. Chaque habitant, attachant à sa manière dans sa façon de se réinventer après une catastrophe, accepte les moments les plus terribles comme les plus lumineux. Dans le village, c'est Beevi qui mène la danse. Mamie impétueuse à la répartie acide, elle manie l'art de conter comme personne. Elle a le don de redessiner les histoires par la seule force de son imagination et son goût immodéré pour l'exagération. L'écouter ressasser le passé est un pur délice !

    Avec sa manière souple de glisser d'un personnage à un autre et sa facilité à faire coulisser les portes entre réel et imaginaire, Shih-Li Kow réussit un roman qui mêle exotisme, fantaisie, légende et réalisme. Au-delà de ce conte réjouissant, l'auteur décrit également la Malaisie contemporaine.

  • Trois saisons d'orage

    Cécile Coulon - Ed. Points

    A la fin de la Seconde Guerre mondiale, André, médecin de campagne, s'installe dans une belle maison dominant le village isolé des Fontaines. Niché entre trois falaises, cette bourgade rurale intemporelle voit se succéder trois générations de médecins, d'ouvriers et d'agriculteurs. Enfermés dans ce village en marge du reste du monde, les habitants des Fontaines semblent taillés et éduqués par le lieu. Ceux qui sont nés là finissent par lui ressembler. Tous sont viscéralement liés et dépendants de cette nature dominante dont les forces presque divines influencent leurs vies.

    Cécile Coulon nous offre une fresque familiale baignée de mystère, ancrée dans un décor somptueux aussi fascinant que menaçant. Les personnages, tous intensément vivants et bouleversants, luttent chacun à leur manière contre quelque chose qu'ils ne pourront pas vaincre... Un roman puissant à mi-chemin entre la tragédie grecque, la peinture sociale et le roman à suspense.

  • Le Nom des étoiles

    Pete Fromm - Ed. Gallmeister

    L’auteur a été ranger pendant des années dans différents États américains. Les grands espaces, la vie seul pendant des mois en cabane sont tout pour lui ; cela fait partie intégrante de son existence. Une première expérience à l’âge de 18 ans – 7 mois avec une tente pour seul abri dans l’hiver des Rocheuses – lui avait montré la voie. A l’issue de cette aventure il publia un premier récit, Indian Creek, un texte qui compte pour les amoureux de nature sauvage et d’érémitisme. Aujourd’hui quadragénaire, marié et père de deux garçons, une proposition insolite vient bousculer son confort et rappeler à lui ses démons : partir dans l’ouest du Montana surveiller l’éclosion d’œufs de poisson. Or ce parc naturel est infesté de grizzlys, donc nulle question d’amener ses garçons, ce qui l’avait sérieusement taraudé. Ce récit est à nouveau une ode à la Nature, sauvage, magnifique, dure, où l’homme est vu comme un intrus et peut vite devenir une proie. Après cette lecture, peut-être aurez-vous envie de préparer votre sac pour aller voir si ces grizzlys sont si redoutables qu’on le dit.

  • Les Filles au lion

    Jessie Burton - Ed. Folio

    1967, à Londres, Odelle, arrivant des Caraïbes, trouve un poste de dactylo dans une prestigieuse galerie d’art. Elle y rencontre Lawrie Scott, un charmant jeune homme qui vient d’hériter de sa mère d’un magnifique tableau représentant deux femmes luttant avec un lion. Lawrie demande à Marjorie Quick, travaillant à la galerie, de se renseigner sur cette toile. Très vite, Odelle comprend que celle-ci en sait bien plus qu’elle ne veut le dire.

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  • Chère Mrs Bird

    A.J. Pearce - Ed. Belfond

    En pleine Seconde Guerre mondiale, Emmy, jeune londonienne, rêve de devenir reporter. Lorsqu’elle aperçoit une annonce pour un poste d’assistante au prestigieux London Evening Chronicles, la jeune femme décide de tenter sa chance, persuadée d’entamer une brillante carrière de journaliste. Après un entretien d’embauche pour le moins original, Emmy atterrit à la rédaction du Women’s Day, un hebdomadaire vieillissant. Elle est chargée de sélectionner les lettres des lectrices auxquelles l’irascible Mrs. Bird répondra. Mais Mrs. Bird est très conservatrice et la liste des sujets qu’elle accepte de traiter est dérisoire et bien loin des problèmes des jeunes femmes de son époque. Emmy saura t-elle trouver une solution pour venir en aide aux lectrices du Women’s Day ?

    Voici un roman pétillant qui nous plonge à la suite d’Emmy dans le Londres du Blitz et nous fait partager les petites joies et les grandes tristesses de la vie londonienne à cette époque.

  • Pour services rendus

    Iain Levison - Ed. Liana Levi

    On est en 1969, pendant la guerre du Vietnam. Le sergent Fremantle commande une section dans laquelle est affecté Billy Drake, jeune recrue fraîchement débarquée.

    Presque 50 ans plus tard un événement va obliger Drake à reprendre contact avec son ancien chef de section, devenu responsable de la police d'une petite ville du Michigan. Aujourd'hui sénateur et en campagne pour sa réélection, il se voit accusé par un vétéran d'avoir menti sur ses faits d'arme. Pour sa défense il décide de faire intervenir à la télé son ancien sergent qu’il saura convaincre de témoigner en sa faveur. Seulement voilà, la vérité n'est pas si simple. La jungle et les marécages, les tireurs embusqués, la fatigue, tout incident peut dégénérer rapidement. Difficile d'être un héros dans ces conditions.

    Contre toute attente, Fremantle, flic intègre, va défendre la cause du sénateur. D'arrangements en petits mensonges, jusqu'où est-il prêt à aller ? Et pour quelle raison ?

    Cette fois, Iain Levison passe au vitriol le monde de la politique aux États-Unis avec ses excès, ses mensonges et ses manipulations.

  • Les immortalistes

    Chloé Benjamin - Ed. Stéphane Marsan

    Imaginez que vous puissiez savoir la date de votre mort ? Cela bouleverserait forcément votre existence, et les décisions prises tout au long de votre vie …

    Quatre frères et sœurs vivant à New York dans les années 70 vont rencontrer dans leur enfance une voyante qui va leur confier, à chacun, sa date de mort. Certains d’entre eux décident d’y croire, d’autres non, mais tous restent hantés par cette annonce. Ils feront des choix de vie radicalement différents mais toujours dans l’idée d’échapper à cette prémonition. L’auteur parvient à nous transporter dans cette saga familiale où le maître-mot reste le destin. On y parle de libre arbitre, de superstition mais surtout d’une folle envie de vivre.

  • Grecques

    Antigone Trogadis - Ed. N & B 

    Voici une belle surprise avec ce premier roman d'Antigone Trogadis. Cette histoire, pleine de l'émotion et du soleil d'une Grèce meurtrie, se situe un an après la prise de pouvoir par les Colonels. A travers le regard d'une petite fille en vacances chez sa grand-mère, on découvre le quotidien des habitants d'un village. C'est l'été 1968, la dictature opprime la population ; les policiers, les militaires et des popes fanatiques, sous couvert de traditions séculaires et de religion, rappellent tous les jours aux femmes la place qu'elles doivent occuper dans la société. Anna l'étrangère - elle vit désormais à Paris - est revenue au pays pour l'enterrement de son père. Quelle place a-t-elle désormais ici, elle qui a adopté le mode de vie des jeunes Parisiennes. Sa présence, ses agissements vont bouleverser l'ordre établi. Tous les événements de cet été 1968 vont nourrir la jeune Ismène qui, du haut de ses 9 ans, va entrapercevoir la jeune femme qu'elle deviendra. Une très très belle lecture.

  • En camping-car

    Ivan Jablonka - Ed. Seuil

    Cet ouvrage va vous amener sur les routes d'Europe du sud, du Portugal à la Grèce en passant par l'Italie et la Corse, et vous fera découvrir quelques belles plages et criques sauvages. Mais Ivan Jablonka est aussi historien, et sa peinture sociale autour de la famille et des vacances dans les années 80 est tout aussi intéressante. Lors de cette parenthèse estivale, c'était une vie pleine de liberté et de plaisirs, entre jeux d'enfants et visites culturelles. Après cette lecture le combi Volkswagen n'aura plus de secret pour vous.

  • Des Jours sans fin

    Sebastian Barry - Ed. Joelle Losfeld

    Au milieu du XIXème siècle Thomas McNulty, un jeune Irlandais fuyant son pays en proie à la misère et à la famine, débarque sur le nouveau continent, et rencontre John Cole qui va devenir rapidement son amant. Les deux hommes, devenus inséparables, vont d’abord se produire dans des saloons, travestis en femmes pour le plus grand plaisir des mineurs. Puis ils s’engagent dans l’armée, d’abord pour mener une guerre sanglante contre les indiens, ensuite pour combattre les confédérés lorsque la guerre civile éclate. Ce seront autant d’épreuves sanglantes qu’ils affronteront avec toujours une foi et une envie de vivre sans borne. Cette traversée d’un pan de l’histoire des Etats-Unis est captivante ; l’auteur nous offre une palette de personnages attachants, ni bons, ni mauvais, ou les deux à la fois, montrant un visage terriblement humain, devant s’adapter aux conditions extrêmes qui leur sont imposées. Un très grand moment de lecture, et un grand écrivain à découvrir.

  • Les Choses qu'ils emportaient

    Tim O'Brien - Ed. Gallmeister

    Que peut donc emporter un soldat américain partant au Vietnam ? Une photo de sa petite amie ? Un exemplaire de la Bible ? Et que peut-il donc porter ? Un casque, des mines antipersonnel Claymore, un fusil d’assaut M-16 standard, une grenade fumigène de couleur M-18 … A travers toutes les choses que les soldats emmenaient avec eux dans la jungle, Tim O’Brien retrace le quotidien des hommes face à l’absurdité de la guerre. Mêlant fiction et réalité, il dépeint les moments de courage, de peur, les instants où l’on passe de vie à trépas. L’auteur explore ainsi les méandres de l’âme humaine et nous livre un récit bouleversant.

  • Collection Esprits de nature

    Elisabeth Combres - Ed. Plume de Carotte

    Cette collection des éditions Plume de Carotte met la nature à l’honneur. Elisabeth Combres vous propose ainsi de découvrir de grands noms de la littérature à travers le prisme de la nature. Chaque recueil est dévolu à un auteur et met en lumière des extraits de son œuvre dans lesquels la nature tient une grande place. De Pierre Loti à Edgar Allan Poe en passant par George Sand, il y en a pour tous les goûts. Les illustrations de couverture de Titwane font de ces titres de très beaux objets.

  • Massacre des innocents

    Marc Biancarelli - Ed. Actes Sud

    Marc Biancarelli est de retour avec un livre puissant, lyrique et captivant. Au XVIIème siècle un navire de la compagnie Néerlandaise des Indes fait naufrage et déverse nombre de rescapés sur plusieurs îlots au large de l’Australie. Un carnage ignoble va alors commencer sous le commandement du mal personnifié, Jeronymus Cornelisz. Autoproclamé capitaine général de cette colonie de survivants, il va s’entourer des pires brigands sanguinaires qui faisaient partie de l’équipage et qui vont devenir son bras armé. Leurs exactions vont malgré tout rencontrer une résistance en la personne de Weybbe Hayes, isolé sur une autre île avec quelques naufragés et qui ne peut se résoudre à laisser faire cette ignominie. Nous avions adoré le roman précédent de Biancarelli paru il y a maintenant plus de 3 ans, Orphelins de Dieu. Le constat est que l’auteur corse n’a abandonné ni son style, riche et magnifique, ni le thème de la violence qui lui est cher et qu’il décortique admirablement en livrant des personnages complexes en proie au mal absolu, à la folie meurtrière, mais également, pour certains d’entre eux, à la recherche de la rédemption quand leur âme tourmentée ne leur laisse plus de répit.

  • Une vie comme les autres

    Hanya Yanagihara - Ed. Buchet Chastel

    Quatre garçons se rencontrent à l’université : c’est le début d’une amitié de toute une vie. L’auteure nous propose une véritable épopée retraçant presque cinquante ans de leur existence. Brillants, ils débarquent rapidement à New-York après la fac et cherchent à s’imposer chacun dans leur domaine. Willem deviendra un acteur reconnu, JB et Malcolm perceront dans le monde impitoyable de l’art et Jude sera très vite un avocat craint et respecté. Jude est le plus mystérieux du quatuor, il se maltraite et semble refuser toute possibilité de bonheur. Très secret sur ses premières années, il se livre peu à peu et révèle la part la plus sombre de l’être humain. Tous les sentiments sont présents et d’une rare intensité dans ce roman, parfois même trop il faut l’avouer, pour être crédible. Mais malgré tout, je n’ai pas pu me détacher de ces 800 pages qui sont une très belle chronique sur l’amitié masculine et cherchent à répondre notamment à cette question : comment construire sa vie d’adulte après une enfance traumatisante ?

  • Les fantômes du vieux pays

    Nathan Hill - Ed. Gallimard

    Quelle surprise le jour où Samuel, professeur de lettres à Chicago, découvre la une de l’actualité : un gouverneur candidat à la Présidentielle vient d’être agressé par une femme. Et cette femme n’est autre que la mère de Samuel, qui l’a abandonné alors qu’il était enfant. C’est pour lui l’occasion d’écrire un livre sur cette femme qui apparaît dans les journaux comme une terroriste. C’est surtout l’occasion de se pencher sur la vie de cette inconnue, sur la période trouble de sa jeunesse, sur ses aspirations et ce qui a pu la conduire à tout quitter quand il avait 11 ans. L’auteur nous propose un vrai régal avec cette tranche de vie d’une Amérique livrée à ses nombreuses contradictions. Savoureux, profond et drôle à la fois.
     

  • Le Chemin du diable

    Jean-Pierre Ohl - Ed. Gallimard

    Dans ce très bel hommage au roman gothique, l’auteur nous transporte dans l’Angleterre au temps de la Révolution industrielle. Nous voici à Darlington en 1824 : des ouvriers, en train de construire la première ligne de chemin de fer, viennent de découvrir le cadavre d’une femme. Certains indices laissent à penser qu’il pourrait s’agir de Lady Beresford, disparue il y a vingt ans. Un notaire, Edward Bailey, va tenter de résoudre ce mystère. Ce roman, par le biais d’une enquête, propose une véritable chronique sociale dans un pays où la naissance du progrès n’est pas forcément bien perçue et laisse déjà présager les excès liés à la recherche permanente de profit.

  • La Salle de Bal

    Anna Hope - Ed. Gallimard

    1911, Ella, jeune ouvrière se retrouve enfermée à l’asile de Sharston en Angleterre après avoir brisé une vitre dans son usine. Maintenues à l’intérieur, les femmes ne croisent les hommes, qui travaillent aux champs, que le vendredi soir lors du bal proposé par le Dr Fuller, persuadé que la musique est bénéfique pour ses patients. En mal de reconnaissance, il a d’autres grands projets et compte bien expérimenter les théories eugénistes en réflexion à l’époque. Lorsqu’il comprend qu’Ella est tombée amoureuse de John, un Irlandais mélancolique, il va tout faire pour contrôler ces « faibles d’esprit ». Après Le chagrin des vivants, Anna Hope parvient encore une fois à dessiner une parfaite peinture de ce début du XXème siècle.

  • Le jour d'avant

    Sorj Chalandon - Ed. Grasset

    Le 27 décembre 1974 une explosion retentit dans la fosse Saint-Amé de Liévin. 42 corps sont remontés par les équipes de secours. La région des Houillères est en deuil, la catastrophe est nationale. Joseph Flavent, jeune mineur de 20 ans, est parmi les victimes. Sa famille est brisée, son père en mourra. Son frère cadet, Michel, qui lui vouait une admiration sans borne, ne se remettra pas de la perte immense de ce grand frère magnifique qui lui faisait partager les mille choses qui font le bonheur de la vie. Il projetait de le rejoindre à la mine dès qu’il serait en âge, mais le destin en a voulu autrement, il ne sera jamais mineur.

    40 ans plus tard, le voilà de retour au pays, ce pays si cruel qu’il a fui, avec une idée en tête, et surtout le mot que lui avait laissé son père peu avant de mourir, ces quelques mots simples et brutaux à la fois : « venge nous de la mine ». Une vie entière à ruminer, mais c’est décidé, il fera payer celui qu’il tient pour responsable de tous ces morts, celui qui était en charge de leur sécurité.

    Encore une fois Sorj Chalandon sait choisir les bons mots pour faire ressortir toute l’émotion, toute la douleur contenue dans cette histoire. Le deuil, le remords et la culpabilité sont des thèmes abordés ici avec talent, pour notre plus grand bonheur.

  • Zouleikha ouvre les yeux

    Gouzel Iakhina - Ed. Noir sur blanc

    Au début des années 1930, Zouleikha vit dans un petit village tatar. Mariée très jeune à un paysan beaucoup plus âgé qu’elle, elle subit les brimades quotidiennes de sa belle-mère tyrannique et de son époux indifférent. Ses journées sont occupées par les travaux des champs et de la maison, jusqu’au moment où, durant la dékoulakisation, son mari est tué par un soldat. La jeune femme est déportée au fin fond de la Sibérie. Au cours des longs mois de trajet, elle fera connaissance avec les hommes et les femmes qui partagent son exil. A bord du train qui lui fait traverser les steppes, puis lors de l’arrivée au camp, elle devra puiser ses forces au plus profond d’elle même pour survivre.

    Ce premier roman nous emporte à l’autre bout du monde, là où l’on reléguait ceux qui étaient considérés comme des ennemis du régime soviétique. L’auteure explore les tréfonds de l’âme humaine et dépeint dans une très belle écriture toute une galerie de personnages dont les destins s’entrecroisent. Une belle découverte !

     

  • Nos vies

    Marie-Hélène Lafon - Ed. Buchet-Chastel

    Gordana travaille au Franprix de la rue du Rendez-vous à Paris. Chaque vendredi, un homme passe à sa caisse. Il choisit toujours la caisse de Gordana sans que cette dernière ne lui accorde un regard. La narratrice nous raconte ces vies qu’elle devine derrière des gestes infimes et nous invite, avec beaucoup de délicatesse, à contempler la solitude qui entoure chaque être à un moment donné de son existence.

  • Cox ou la course du temps

    Christoph Ransmayr - Ed. Albin Michel

    Alors qu’il vient de perdre sa fille, Alistair Cox, horloger renommé, reçoit une invitation de l’Empereur de Chine : ce dernier souhaite de nouvelles horloges pour sa collection. Cox et ses artisans vont alors entreprendre le voyage jusqu’à la cour impériale. Mais les demandes fantaisistes de l’Empereur pourraient bien causer la perte des Anglais. Christoph Ransmayr nous livre ici une belle réflexion sur le passage du temps et sur le caractère éphémère de la vie humaine.

  • Mon gamin

    Pascal Voisine - Ed. Calmann Levy

    Thierry a 14 ans en 1977. Il vit avec son père et sa toute jeune épouse dans un petit village qui héberge un hôpital psychiatrique dirigé par son père. Le jeune garçon est très ami avec Françis, un handicapé mental qui a toujours vécu dans cette institution. Un jour d’août 77 va bouleverser leur vie… Ce premier roman avec ses personnages pleins d’humanité nous a touché. L’auteur y parle très bien des premiers émois de l’adolescent et d’une amitié sincère et sans limite.

  • Je m'appelle Lucy Barton

    Elizabeth Strout - Ed. Fayard

    L’auteure d’Olive Kitteridge nous livre là un magnifique roman sur l’identité. Comment parvenir à se construire quand on n’a pas eu les mêmes repères que les autres dans son enfance ? Lucy, immobilisée dans son lit d’hôpital, passe 5 jours et 5 nuits à discuter avec sa mère qu’elle n’a pas vue depuis des années. Par une écriture très intimiste, Elizabeth Strout rend parfaitement la fébrilité de ses personnages. Elle signe un très beau texte sur la construction de soi, vaste thème qu’elle nous propose de décrypter.

  • Ma reine

    Jean-Baptiste Andrea - Ed. L'Iconoclaste

    Ce premier roman est avant tout un roman d’apprentissage et une ode à l’enfance. Nous sommes en Provence durant l’été 1965 avec Shell, un jeune garçon de 12 ans. Il aide ses parents à la station essence dans laquelle ils travaillent mais ces derniers vieillissent et décident de placer leur fils dans un établissement spécialisé. En effet, celui-ci regarde le monde d’une manière particulière, ce qui l’empêche d’aller à l’école avec les autres enfants. Son père, afin de lui expliquer sa différence dit de lui qu’il est « beau comme une Alfa Roméo mais avec un moteur de 2CV ». Alors Shell décide de s’enfuir faire la guerre pour leur prouver qu’il est un homme. Mais il n’ira pas plus loin que le haut du plateau qu’il voyait depuis la station. Quelques jours après son installation, il se trouve nez à nez avec une jeune fille qui lui apparaît comme un rêve, un mirage. Elle lui propose de devenir sa reine : elle sera alors tout pour lui et il devra lui obéir et surtout, ne jamais chercher d’où elle vient sinon le lien magique qui les unit sera rompu…

    Ce très beau roman est celui d’un amour absolu où des personnages cabossés par l’existence deviennent des rois et des reines. L’écriture très poétique dépeint parfaitement la sensibilité de Shell et nous permet de voir le monde à sa manière, comme un conte.

  • By the rivers of Babylon

    Kei Miller - Ed. Zulma

    Voici un texte magnifique sur la condition et la rébellion des noirs dans les ghettos Jamaïcains. Chez les rastafaris se couper les cheveux est un sacrilège. Alors quand le petit Kaia revient de l'école, le crâne rasé par son instituteur, la vieille Ma Taffy comprend que le temps de la violence est revenu. Elle se met à lui raconter l'histoire du prêcheur volant, avant que l'humiliation et l'injustice n'embrasent ce quartier pauvre de Kingston.

  • Sucre noir

    Miguel Bonnefoy - Ed. Rivages

    Dans un style caractéristique, plein de finesse et de sensualité, Miguel Bonnefoy nous offre une histoire passionnante ancrée au cœur des Caraïbes. Des aventuriers et des planteurs de cannes à sucre, guidés par leurs rêves, vont se croiser, s’unir et se déchirer autour d’un trésor légendaire abandonné trois siècles auparavant par le pirate Henry Morgan. Si vous avez aimé Le voyage d'Octavio de Miguel Bonnefoy, alors sans nul doute vous adorerez son dernier ouvrage.

  • Les vents noirs

    Arnaud de la Grange - Ed. JC Lattès

    Chaque rentrée littéraire offre son lot de premiers romans remarquables, et cette année n’est pas en reste, notamment avec Les vents noirs, une histoire puissante, envoûtante, qui nous transporte aux confins de la Sibérie et du Xinjiang, sur la route de la soie. Après la première guerre mondiale le lieutenant Verken est dépêché par le gouvernement français pour retrouver Emile Thelliot, grand explorateur et archéologue reconnu par ses pairs. Celui-ci, passionné par les mystères des civilisations Asiatiques, se voit dépassé par sa quête dévorante. Engagé dans une course contre des expéditions concurrentes, obsédé par la découverte de momies légendaires, il va se transformer en véritable chef de guerre, semant le trouble dans cette région déjà très instable. Commence alors une chasse à l’homme dans les immensités d’Asie centrale, où vont alterner batailles et marches exténuantes dans les déserts brûlants du Taklamakan. Cette quête s’avère surtout être une fuite en avant pour ces hommes dont l’aventure et la guerre sont le seul moyen qu’ils connaissent pour échapper à leur condition et à leurs fêlures.

    Ce roman magnifique mêle brillamment les genres, comme l’aventure, la guerre et l’histoire. Il nous immerge dans des contrées sauvages et nous fait partager la folie et la quête d’absolu de ces personnages flamboyants que rien ne peut ramener à la raison. Une très belle découverte.

  • Maia - Les 7 soeurs

    Lucinda Riley - Ed. Points

    Secrets de famille inavouables, histoire d’amour magnifique, tour du monde sans bouger de chez soi, voilà ce que nous propose Lucinda Riley dans cette série des Sept sœurs. Énorme succès aux Etats-Unis, les deux premiers tomes sont maintenant disponibles en français. L’auteure nous propose de découvrir l’histoire de sept sœurs adoptées aux quatre coins du monde par un milliardaire suisse. Toutes portent le nom d’une constellation et ont des caractères très différents. A la mort de leur père, chacune reçoit une lettre de sa part comportant un indice sur leur lieu d’origine et leur famille biologique.

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  • La terre qui les sépare

    Hisham Matar - Ed. Gallimard

    Ce texte porte en lui la double souffrance de l'auteur, l'exil et la disparition du père. Jaballa Matar, figure importante de l'opposition au régime de Kadhafi, est enlevé en 1990 et disparaît dans les prisons Libyennes. La révolution de 2011 libérera nombre de prisonniers politiques mais nulle trace de celui-ci ; Hisham va alors remuer ciel et terre pour retrouver sa trace. Qu'est-il devenu ? Un texte profond et émouvant sur le déracinement et la filiation.

  • Albert sur la banquette arrière

    Homer Hickam - Ed. Harper Collins

    Années 1930, États-Unis. Homer, sa jeune épouse Elsie et Albert se rendent en Floride. Sous des abords idylliques, le voyage s’annonce pourtant haut en couleurs. Car Albert est un alligator qui prend de plus en plus de place dans la vie de couple et Homer finit par craquer. Elsie doit choisir : c’est Albert ou lui. Les voilà donc sur la route pour ramener Albert chez lui. Un road-trip à la fois drôle et touchant !

  • Deux hommes de bien

    Arturo Perez-Reverte - Ed. Seuil

    Avec Deux hommes de bien, l'auteur s'attache à nous faire vivre les mésaventures de deux gentilshommes, deux académiciens, chargés d'acquérir l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Peu avant la révolution qui va embraser la France et l'Europe tout entière, l'académie Royale Espagnole, qui étouffe sous le poids des traditions et de l'église qui condamne toute velléité de progrès en dehors de la foi, décide d'acquérir la fameuse encyclopédie qui regroupe alors tous les textes et travaux que les plus grands philosophes, scientifiques et artistes ont pu offrir en ce siècle des lumières. L'ouvrage, interdit en Espagne, est au cœur d'un débat passionné entre défenseurs de la raison et du progrès et rétrogrades qui voient d'un mauvais œil un tel ouvrage qui met à mal la foi et la main mise de l'église sur la liberté de penser.

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  • Une très légère oscillation

    Sylvain Tesson - Ed. Equateurs

    Voici un recueil de textes publiés dans différents magazines au cours des 3 dernières années. Sylvain Tesson, comme à son habitude, et pour notre bonheur, a couché sur le papier nombre de considérations d'ordre philosophique et sociétal, souvent empreintes d'humour et d'ironie Tessonien. Toujours autant accablé par le vide et l'absurde de l'existence et de ce qu'en font les hommes, ce coureur des bois, cet arpenteur de grottes et de parois continue de semer son existence et ses livres d'aphorismes savoureux.

  • Assez de bleu dans le ciel

    Maggie O'Farrell - Ed. Belfond

    Daniel est marié depuis presque dix ans à Claudette, ex-star de cinéma qui a organisé sa propre disparition afin d’échapper au monde et recommencer une autre vie en Irlande. Lorsqu’il apprend à la radio le décès de son premier amour, Daniel est bouleversé. Il décide alors de repartir sur les traces de sa vie d’avant et notamment de ses deux premiers enfants qu’il a abandonnés brutalement. Quelles seront les conséquences sur son couple aujourd’hui ? D‘une grande sensibilité, l’écriture de Maggie O’Farrell porte magnifiquement cette histoire et ses personnages.

  • Eliette

    Chistophe Havot - Ed. Az'art atelier - Collection L'Orpailleur

    Eliette est le premier roman que j’ai découvert dans la collection de L’Orpailleur. Ce petit texte extrêmement dense, je l’ai adoré. J’ai découvert par la suite que l’auteur en était aussi son éditeur et j’ai été d’autant plus ravie de pouvoir échanger avec Christophe Havot et en savoir un peu plus sur son univers et sa ligne éditoriale. Eliette est un roman rural qui se déroule dans un village isolé de Bretagne où l’accueil n’est pas vraiment une valeur importante pour ses habitants accaparés par un dur quotidien très souvent au sein d’un domaine agricole familial. Tous savent qu’il se passe des choses parfois violentes, souvent tues et donc acceptées. Des phrases longues mais parfaitement maîtrisées permettent de rendre cette ambiance lourde, palpable. L’auteur témoigne avec beaucoup de douceur et d’émotion de l’atmosphère dans ces foyers peu habitués à l’arrivée d’un étranger posant un autre regard sur leur village. C’est un premier roman fort que nous vous recommandons vivement.

  • Izaurinda

    Anna Mari Celli - Ed. Az'art atelier - Collection L'Orpailleur

    Izaurinda a été publié en début d’année 2017. L’auteure Anna Maria Celli propose un regard plutôt noir sur le monde actuel mais elle nous donne envie de croire en l’Homme même après qu’il a fait le pire. Son héros, Sem, a quitté son désert et sa femme enceinte Izaurinda. Comme tous les hommes de sa famille, il est parti afin de vivre autre chose, ailleurs. Maintenant à Paris, il survit selon le bon-vouloir de Goulash, à qui il doit tout et à qui il obéit. Sem fera des rencontres, des individus perdus et enragés contre le monde entier. On découvre leur histoire, leurs pensées et leurs états d’âme. Nous sommes pris à partie et, malgré nous, notre colère envers eux se transforme en sentiment d’écoute et parfois même de compréhension. Première auteur féminin chez l’Opailleur, Anna Maria Celli propose un texte rude qui devrait vous hanter longtemps.

  • Nous rêvions juste de liberté

    Henri Lœvenbruck - Ed. J'ai lu

    Franchement, que ces gamins sont attachants malgré leurs défauts. C'est vrai que ce  sont de sacrées têtes de mule, avec une violence brute vrillée en eux. Seulement voilà, ils ont cette soif de liberté qui leur colle à la peau depuis toujours. Déjà brisés par la vie, tout est en mille morceaux chez eux. La famille, le lycée et son règlement, ce n'est pas pour eux ; le refus de la société, de sa morale, et de tout ce qui va avec, ils l'ont en eux depuis toujours.  Les combines, les bagarres, l'alcool et même la prison sont déjà leur quotidien, alors le jour où ils prennent la route sur leurs bécanes, c'est une nouvelle vie qui s'offre à eux. Et une chose est sûre, ils ne vont pas l'économiser. Tous les excès, entre alcool et drogue, les attendent ; du moment que c'est la fête et la rigolade, ils prennent sans calculer. Les rencontres avec les clubs de motards et les gangs, et surtout leurs règles de conduite – Loyauté, Honneur et Respect – vont les façonner pour le reste de leurs jours. Ce road-trip initiatique, à mi-chemin entre La chevauchée sauvage et Sur la route de Kerouac, est un petit bijou. Même si vous n'êtes pas adepte des bagarres et des Harley, vous trouverez de tout dans ce livre : amitié, amours, loyauté, aventure et trahisons. Alors laissez-vous embarquer sur un 883 Shovel Ironhead avec la bande à Bohem, et vous vivrez une aventure extraordinaire, pleine d'émotions ! Ne boudez pas ce grand plaisir.

  • Intempérie

    Jesus Carrasco - Ed. 10/18

    Un garçon qui s'est enfui de son village se cache pour échapper à ses poursuivants. Mort de faim, il rencontre un vieil homme, un berger, riche seulement de quelques chèvres et d'un âne, qui va l'aider à fuir. Mais la violence des hommes va bientôt les rattraper, leur rappelant le combat inégal entre puissants et miséreux. Un texte magnifique pour une histoire âpre, rude, à l'image de cette terre aride et rocailleuse.

  • Butcher's Crossing

    John Williams - Ed. Piranha

    Années 1870. Will Andrews a décidé de quitter Harvard pour partir à l’aventure dans l’Ouest américain. Sa quête commence par le mener à Butcher’s Crossing, minuscule bourgade à peine sortie de terre où se croisent chasseurs, marchands de peaux et prostituées. Le jeune homme, désireux de se confronter à la nature, fait la connaissance de Miller, un chasseur de bisons reconnu dans la région. Ce dernier lui parle d’un immense troupeau caché au fond d’une vallée qu’il aurait découverte par hasard des années auparavant. Will décide alors de le suivre dans cette chasse miraculeuse. Il y voit un moyen de découvrir qui il est vraiment, de s’accomplir en tant qu’être humain.  Mais cette expédition, synonyme pour Will d’une communion avec la nature, se révèle bien plus rude et dangereuse que ce qu’il imaginait. Au terme de ce voyage, sa perception du monde et des hommes qui le peuplent s’en trouvera à jamais bouleversée.

    Les éditions Piranha nous proposent ici un très beau western, récit initiatique où l'homme tente de trouver sa place face à la grandeur de la nature et à la mort. La belle écriture de John Williams nous transporte dans les grandes plaines du temps de la conquête de l'Ouest, au milieu des troupeaux de bisons, de la poussière et du sang. Une belle découverte !

  • Car si l'on nous sépare

    Lisa Stromme - Ed. Harper Collins

    Dans son premier roman, Lisa Stromme nous fait découvrir un petit village de Norvège à la fin du XIXème siècle. Un grand nombre d’artistes viennent s’y installer afin d’y passer l’été et profiter des magnifiques lumières du fjord. Johanne, tout juste 16 ans, est rentrée au service d’une noble famille pour cette même période estivale et se lie d’amitié très vite avec Tullik Ihlen, la fille cadette malgré les conventions. Cette jeune femme très belle et fragile va entraîner sa servante dans une histoire d’amour passionnée avec un artiste qui deviendra, des années plus tard, le peintre norvégien le plus connu du monde : Edward Munch. L’auteure nous raconte l’histoire de son œuvre la plus célèbre : Le Cri. Et si cette toile était avant tout le cri d’une femme impuissante face à un amour impossible, dévorant. La mélancolie de Munch, ainsi que sa survie au quotidien uniquement pour créer et peindre transparaît extrêmement bien grâce à une écriture sensuelle et à fleur de peau. Ce roman devient  un tableau que le lecteur contemple puis explore. En effet, Johanne, elle-même passionnée de dessin, aura accès à l’atelier de Munch où elle pourra alors s’essayer à peindre ce qu’elle ressent. Ainsi, durant sa journée même au service des Ihlen, chacun de ses états d’âme devient une couleur et l’Art, un compagnon de route. Par cette écriture très visuelle, nous pénétrons les différentes couches de ce tableau et nous laissons complètement envoûter par cette très belle histoire.

  • Dans les westerns

    Gilles Leroy - Ed. Mercure de France

    A la fin des années 40, aux États-Unis, Paul Young rencontre sur un tournage Joanne Ellis et Robert Lockhart. Tous les trois tiennent les premiers rôles d’un western qui marquera toute une génération et propulsera Robert au statut d’icône. Les jeunes gens représentent une nouvelle génération d’acteurs américains et tout semble leur sourire. Cependant, derrière les belles photos sur papier glacé et les soirées mondaines se joue une toute autre histoire. Paul et Robert s’aiment. Mais l’Amérique conservatrice d’après-guerre n’accepte pas cette union. Leur entourage s’évertue donc à cacher leur couple, à inventer une histoire d’amitié entre les deux acteurs, à les entourer de jeunes femmes séduisantes. Leur histoire durera sept ans. Sept années durant lesquelles le beau monde de Hollywood se doutera de la supercherie et essaiera à tout prix de les piéger. Puis, Paul se mariera, fondera une famille et reprendra l’entreprise paternelle. Cinquante ans plus tard, trois personnes nous racontent le mythique Robert Lockhart. Joanne Ellis, l’amie de toujours, son agent Lieberman et Paul Young, l’ancien amant devenu sénateur. A travers leur voix et le regard touchant et admiratif qu’ils portent sur Lockhart, se dessine le portrait d’un homme fascinant. Ce roman nous transporte dans le milieu du cinéma des années 50 et nous révèle l’envers du décor des studios hollywoodiens. Une belle découverte !

  • Euphoria

    Lily King - Ed. Christian Bourgois

    Nous voilà transportés dans les années 30 en Nouvelle-Guinée. Trois anthropologues vont passer quelques temps ensemble en étudiant des tribus indigènes proches. On y découvre, de manière très pertinente, intelligente et vivante, cette science naissante qui propose un regard nouveau sur ces peuples totalement méconnus mais c’est aussi l’histoire d’un triangle amoureux complexe d’où personne ne sortira indemne.

  • Dans la forêt

    Jean Hegland - Ed. Gallmeister

    Nous sommes en Californie. Nell, 17 ans, nous raconte un quotidien à l'opposé de celui que sa famille a connu auparavant. Les coupures d'électricité sont de plus en plus fréquentes. L'essence devient difficile à trouver, et les incursions dans la ville voisine se font rares, obligeant la famille à se replier dans leur maison isolée, située en lisière de forêt. Nell, brillante étudiante qui caresse le rêve de rentrer à Harvard, se plonge des heures durant dans les volumes d'une encyclopédie. Sa sœur Eva, 18 ans, passionnée de danse, s'enferme dans son studio à longueur de journée et danse inlassablement au seul rythme d'un vieux métronome.Mais les événements vont se précipiter. Leur mère, atteinte d'un cancer, décède. Les dernières rumeurs sont alarmantes : c'est la guerre. Les commerces, les banques, tout est fermé. Il n'y a plus de travail, plus d'essence. La crise est grave, l'époque est à la survie. Après la mort du père, les deux sœurs vont devoir réagir. Il faut reprendre le travail du potager, faire du bois.  Les difficultés à surmonter sont énormes, mais leur chance réside dans la forêt qui leur offre des ressources en quantité, à condition de retrouver un savoir oublié depuis des lustres. La tension entre les deux sœurs est palpable, et elles doivent affronter les épreuves malgré le désespoir qui les assaille. Ce roman, qui avait connu un grand succès dès sa parution aux Etats-Unis il y a 20 ans, est magnifique. Empreint de poésie, ce récit est une véritable ode au retour à la nature.

  • Le Dimanche des mères

    Graham Swift - Ed. Gallimard

    Ce roman court, au style très épuré, nous transporte le 30 mars 1924. C’est le dimanche des mères et tous les aristocrates anglais ont donné leur journée à leurs domestiques afin qu’ils puissent rendre visite à leur mère. Pour Jane, jeune femme de chambre orpheline, c’est un jour de repos comme un autre. Elle a prévu de lire tranquillement, de se balader à bicyclette dans la campagne environnante. Mais finalement sa journée sera différente après le coup de téléphone chez ses patrons de son amant de longue date, Paul. Ce jeune homme de bonne famille doit se marier d’ici une quinzaine de jours et il propose donc à Jane un dernier rendez-vous chez lui. Ils seront alors tranquilles puisque les domestiques et ses parents, les maîtres de maison ne sont pas là : la demeure est vide. La jeune fille découvre alors la chambre de Paul. Après le départ de celui-ci, parti retrouver sa fiancée, Jane parcourt, nue les différentes pièces de cette maison. Elle déambule, se souvient de ses débuts en tant que femme de chambre et nous découvrons alors  sa passion pour la littérature et particulièrement les romans d’aventure. Lecteurs, nous comprenons très vite que cette journée va changer la vie de Jane. L’auteur parvient par son écriture très poétique à dépeindre une époque, une époque en pleine mutation. Il nous dévoile peu à peu ce très beau personnage de Jane, une jeune fille qui sait ce qu’elle veut et qui fera tout pour être ce qu’elle souhaite.

  • Le Bureau des Jardins et des Etangs

    Didier Decoin - Ed. Stock

    Empire du Japon, XIIe siècle. A la mort de Katsuro, pêcheur de carpes pour les bassins impériaux, la jeune Miyuki est contrainte de quitter le village de Shimae. Elle doit, en effet, livrer au Bureau des Jardins et des Étangs les dernières carpes que son époux avait capturées. Didier Decoin nous fait voyager à la suite de son héroïne avec ce roman dépaysant et très bien écrit.

  • Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar

    Antoine Choplin - Ed. La Fosse aux ours

    Peut-être connaissez-vous Vaclav Havel, auteur engagé et dissident qui devint président de la République Tchèque après la révolution de velours. Tomas Kusar est un simple garde-barrière, sa rencontre avec Havel sous le régime communiste sera pour lui un bouleversement. Un très beau roman, fin et sobre, entre réalité et fiction, sur l'acte de foi qu'est l'opposition à un régime totalitaire.

     

  • Mon dernier continent

    Midge Raymond - Ed. Stock

    Deborah, passionnée de l’Antarctique, travaille pour une organisation scientifique et étudie les colonies de manchots qui vivent sur cette immensité de glace et qui sont menacés par le réchauffement climatique et les croisières touristiques de plus en plus nombreuses dans cette région. Elle rencontre Keller, passionné comme elle. Ils vont se retrouver et vivre leur histoire d’amour au rythme des missions qui les ramènent pendant l’été austral sur le continent blanc. Un récit fort et émouvant.

  • Un travail comme un autre

    Virginia Reeves - Ed. Stock

    En Alabama, au début du siècle dernier, Roscoe, ancien électricien, reprend à contrecœur la ferme héritée par sa femme, Marie. Alors que son couple se délite et que la production de ses terres s’effondre, Roscoe a l’idée de raccorder illégalement la ferme à la ligne d’électricité toute proche. Avec l’aide de Wilson, qui travaille pour la famille de Marie depuis des années, il va faire revenir la prospérité au moyen d’une moissonneuse batteuse électrique. Le destin des deux hommes va basculer lorsqu’on retrouve un mort à cause des branchements illégaux.

  • Sur les chemins noirs

    Sylvain Tesson - Ed. Gallimard

    Après sa chute terrible en 2014, Sylvain Tesson décide de partir à la rencontre de l’hyper-ruralité à la française. Le voilà donc sillonnant la France à travers une diagonale improbable, du Mercantour au Cotentin, empruntant ces petits sentiers à peine esquissés sur les cartes IGN qui vont lui permettre de traverser des campagnes reculées, désertées, aux hameaux abandonnés et aux fermes en ruines. Le silence des régions désertiques et les nuits à la belle étoile restent ce qu’il affectionne par dessus tout. Pour notre plus grand bonheur.

  • Séduire Isabelle A.

    Sophie Bassignac - Ed. JC Lattès

    Quand on a une relation durable et sérieuse, quoi de plus normal que d’être présenté à la famille de sa fiancée. Seulement voilà, cette famille est tout sauf normale. Des grands-parents aux beaux-parents, en passant par l’oncle et les petits-enfants, le pauvre Pierre va découvrir une tribu complètement loufoque, aux comportements un brin extravagants. Ils sont attachants, peut-être, mais un peu fatigants. Surmontera-t-il l’épreuve ?

  • Les Délices de Tokyo

    Durian Sukegawa - Ed. Albin Michel

    Après quelques années passées en prison, Sentarô vivote à Tokyo. Afin de rembourser une dette, il s'occupe de la boutique de dorayaki de la femme de son créancier. La cuisine ne le passionne pas et il s'agace des collégiennes qui viennent quotidiennement à la boutique. La rencontre avec une vieille femme qui cuisine à merveille va lui permettre de se projeter dans l'avenir et de s'investir dans la boutique. Mais sa nouvelle employée cache un passé dramatique qui les poursuivra tous les deux.

    J'ai beaucoup aimé ce roman centré sur les relations humaines et qui aborde avec délicatesse les questions de la différence, de la peur et du regard de l'autre.

  • Sur cette terre comme au ciel

    Davide Enia - Ed. Albin Michel

    Aucun doute, voici une histoire d'hommes. Palerme, entre l'après-guerre et les années 90. Trois générations d'hommes. Le grand-père, un taiseux, le père, surnommé le Paladin, et Davidù, le Poète. Tous boxeurs ! Et pas des médiocres, des bons, qui esquivent, mais qui frappent aussi, rapides comme la foudre. Tous seront entraînés par Umbertino, ancien espoir de la boxe, homme dur, qui ne vit que pour le noble art, et qui dispense tout son savoir-faire pour amener ses protégés le plus haut possible. Avec lui, tous les coups sont permis.

    Entre la rue et la débrouille, toujours avec l'envie de réussir chevillée au corps, tous vont s'accrocher, suant sang et eau pour gagner, encore et encore, et s'approcher du graal, le titre national. Davide Enia a signé là une bien belle histoire, puissante, sur un monde viril, machiste, sur une époque, une atmosphère, entre histoire d'amitiés et d'amours, dans une Sicile gangrenée par la mafia et la misère.

  • L'Archipel d'une autre vie

    Andreï Makine - Ed. Seuil

    URSS, années 50. Pavel Gartsev, a été envoyé en Sibérie rejoindre d’autres réservistes qui s’entraînent. Lorsqu’un dangereux prisonnier s’enfuit, Pavel doit prendre part à une chasse à l’homme dans la taïga. La confrontation des soldats avec la nature va exacerber les tensions au sein du groupe et mettre en lumière la violence et la lâcheté. Un roman haletant et déstabilisant dans lequel la nature est un personnage à part entière.

     

  • Eclipses japonaises

    Eric Faye - Ed. Seuil

    Dans ce roman captivant Eric Faye décrit une galerie de destins hors norme, de vies brutalement arrachées à leur quotidien, et qui vont connaître une trajectoire improbable. De manière détaillée, tel un document fiction, l'auteur évoque des faits qui se sont déroulés au Japon et qui relèvent de la plus pure tradition des romans d'espionnage. Une jeune étudiante qui rentre de son cours de badminton, une jeune femme qui se promène avec sa mère et un archéologue qui travaille sur un site de fouilles ont un point commun, ils vont se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Drogués, enlevés, ils vont se réveiller loin de chez eux, réalisant que la vie qu'ils connaissaient jusqu'à maintenant est terminée ; ils sont maintenant des otages, vivant en semi-liberté dans ce pays totalitaire qu'est la Corée du Nord. S'ils espèrent longtemps revoir leur pays, ils vont se rendre à l'évidence, leur nouvelle vie est ici. Cette histoire édifiante qui s'est déroulée dans les années 70, renvoie à des faits réels qui ont été dévoilés il n'y a pas si longtemps. Après 30 ans passés en Corée du Nord, des otages, japonais pour la plupart, mais également des américains, ont servi de monnaie d'échange et ont été renvoyés dans leur pays d'origine. Mariés en Corée, ayant eu des enfants, le retour à leur vie d'avant ne sera pas si simple.

  • Un paquebot dans les arbres

    Valentine Goby - Ed. Actes Sud

    La lecture du précédent roman de Valentine Goby, Kinderzimmer, m’avait bouleversée. J’ai retrouvé dans ce nouveau livre la même intensité et la même humanité. Dans la années 50, une famille de la Roche-Guyon nous dévoile son histoire. Le père Paulot tient le bar du village, un lieu omniprésent dans la vie de tous les habitants, un lieu de fête où le son de l’harmonica de Paulot donne le rythme. Odile, son épouse, le couve du regard malgré la fatigue et ses trois enfants, Annie, Mathilde et Jacques l’admirent. Le bonheur de cette famille va s’éteindre en une soirée lorsque le père s’effondre sur le comptoir : il a des bacilles plein les poumons et doit partir au sanatorium. Ruiné, le foyer éclate : les enfants sont confiés à différentes familles d’accueil. Les amis, malgré eux, s’éloignent par peur de la contagion. Alors Mathilde va tout faire pour que le clan existe encore. Malgré son jeune âge, « le p’tit gars » de son père va parvenir à maintenir ce lien parfois si fin entre les différents membres de la famille. Elle se bat notamment pour que son père retrouve le sourire et que son jeune frère puisse venir vivre avec elle. Comme dans Kinderzimmer, Valentine Goby donne vie à un magnifique personnage féminin. Mathilde est une adolescente rebelle, qui veut vivre sa vie mais qui porte sur le quotidien un regard déjà tellement adulte. Cette histoire vraie est avant tout une histoire d’amour magnifique, témoin d’une époque et qui permet au lecteur de ne pas oublier.

  • Aux petits mots les grands remèdes

    Michaël Uras - Ed. Préludes

    Alex est bibliothérapeute, persuadé que beaucoup de maux peuvent être soignés par les mots. Il conseille donc ses patients en leur prescrivant la lecture de certains ouvrages bien particuliers. Mais Alex, lui-même un peu perdu, s’oublie dans sa volonté de sauver les autres. Qui va pouvoir l’aider ? Voilà un roman léger, drôle qui vous donnera envie de lire ou relire des romans d’auteurs-phares.

  • La Valse des arbres et du ciel

    Jean-Michel Guenassia - Ed. Albin Michel

    Avec La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia nous livre sa propre interprétation des derniers jours de Vincent Van Gogh. Il donne la parole à la fille du docteur Gachet, Marguerite, qui va nous narrer sa rencontre avec le peintre.

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  • Ecoutez nos défaites

    Laurent Gaudé - Ed. Actes Sud

    Avec cette belle écriture qu'on lui connaît, Laurent Gaudé nous parle avec ferveur de ces chefs de guerre qu'étaient Hannibal, Grant ou Haïlé Selassié, et qui ont connu nombre de batailles, toutes plus sanglantes les unes que les autres. Si elles sont victoires pour les uns, défaites pour les autres, à l'arrivée il ne reste que des milliers de cadavres et de corps agonisants. Personne n'en sortira indemne, seule la défaite subsiste.

  • Le Huitième livre de Vésale

    Jordi Llobregat - Ed. du Cherche Midi

    Ce premier roman n’est pas sans rappeler L’Ombre du vent de Carlos Ruis Zafon. Ils ont en commun le cadre de leur histoire puisque Le Huitième Livre de Vésale se passe aussi au cœur de la ville de Barcelone. Nous sommes là en 1888, à quelques jours de l’ouverture de l’Exposition universelle. Daniel Amat, jeune professeur à Oxford, revient dans sa ville natale pour l’enterrement de son père. Celui-ci était un médecin extrêmement respecté, notamment dans les quartiers populaires de la ville car il n’hésitait pas à se rendre dans les lieux les plus sombres afin de soigner les gens les plus démunis. Il y a dix ans, un drame familial a poussé Daniel à quitter l’Espagne pour se reconstruire et essayer d’oublier la mort de sa fiancée.

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  • Le Voyage d’Octavio

    Miguel Bonnefoy - Ed. Payot & Rivages

    Octavio ne sait ni lire ni écrire. Il habite une petite ville nichée au flanc d’une colline vénézuélienne et fait le ménage au sein d’une confrérie de cambrioleurs. Il a toujours vécu dans son village et n’envisage pas de le quitter. Un jour, en se rendant à la pharmacie, il fait la rencontre d’une femme qui va lui apprendre à lire et à écrire.

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  • Le Cœur du pélican

    Cécile Coulon - Ed. Points

    Anthime le sait, il court vite, plus vite que les autres. Et il veut gagner. Son entourage a d’énormes attentes et le considère déjà comme un champion. Mais un jour, son corps lui fait défaut et sa vie s’écroule. Anthime se réveille vingt ans plus tard, en colère et empli d’un désir de revanche qui le contraindra à faire face à ses plus sombres démons.

  • Pique-nique à Hanging Rock

    Joan Lindsay - Ed. J'ai lu

    Nous sommes en 1900, dans un pensionnat pour jeunes filles, perdu dans un coin sauvage d'Australie. Ce roman, écrit dans un style délicieux, un peu suranné, sur fond d’éducation très british de demoiselles de bonne famille, nous livre en fait une intrigue menée de main de maître. Très rapidement, trois jeunes filles et un professeur disparaissent dans la nature lors d’un pique-nique. Le mystère est entier, nulle trace, nulle explication ; que s’est-il passé ?

  • A l'orée du verger

    Tracy Chevalier - Ed. La table ronde

    Au XIXème siècle, les Goodenough ont quitté la ferme familiale pour s'installer dans les marais en Ohio. Tandis que James se préoccupe plus de son verger que de sa famille, sa femme ne cesse de faire payer aux siens la misère dans laquelle elle vit. Un jour, leur plus jeune fils fuit vers l'Ouest pour ne jamais revenir. Les lettres qu'il adressera à sa famille décideront sa sœur à le rejoindre dans l'espoir d'une vie meilleure. Ce roman, construit sur l'alternance des personnages et des situations, nous dévoile la dureté des conditions de vie des pionniers.

  • La terre des Wilson

    Lionel Salaün - Ed. Liana Levi

    Dans les années 30, au nord-ouest de l’Oklahoma des fermiers travaillent jusqu’à la mort leurs terres arides et sèches. Dick Wilson vient se présenter devant son père qu’il a fui il y a 15 ans. Plein de rancœur, il vient montrer sa réussite, notamment dans la vente de l’alcool. Lorsqu’il retrouve son amie d’enfance vivant maintenant avec son vieux père, Dick va tout faire pour se venger. Lionel Salaün propose une écriture âpre qui rend parfaitement bien l’ambiance des lieux ainsi que les ressentiments des différents personnages.

  • L'atelier des poisons

    Sylvie Gibert - Ed. Plon

    Paris, 1880. Zélie est une jeune artiste qui prend des cours de peinture dans le premier atelier de la capitale réservé aux femmes. Très douée et très observatrice des moindres détails qui représentent les personnes dont elle réalise le portrait, elle attire l’attention d’Alexandre d’Arbourg, commissaire du quartier du Palais-Royal. Celui-ci a besoin d’elle pour enquêter dans une maison de la haute bourgeoisie où le maître des lieux vient d’échapper à une tentative d’empoisonnement. Voulant faire preuve de la plus grande discrétion, il lui demande de pénétrer dans la demeure officiellement pour y réaliser le portrait d’une petite fille et ainsi observer les habitants et leurs secrets. Zélie accepte à condition que le commissaire recherche le fils disparu d’une nounou dont elle peint le portrait. Tous les deux se lancent dans leur enquête…

    L’auteure parvient à nous transporter dans cette époque : les quartiers riches du cœur de Paris mais aussi les alentours beaucoup plus sombres. On y perçoit la condition des femmes à cette époque et surtout, on croise au fil de l’histoire, des artistes qui marqueront leur temps comme Maupassant, Degas ou bien encore Auguste Renoir. Ce roman, qui témoigne parfaitement de la fin du XIXème siècle propose aussi une belle intrigue dans laquelle le lecteur se laissera forcément entraîner.

  • Pardonnable, impardonnable

    Valérie Tong Cuong - Ed. J’ai lu

    Le point de départ de cette histoire, c’est un drame : Milo, un petit garçon de 12 ans, se retrouve dans le coma après une chute en vélo. Ses parents Céleste et Lino, ainsi que sa grand-mère Jeanne arrivent à son chevet. Pourquoi Milo était-il sur cette route de campagne alors qu’il était censé faire ses devoirs avec sa tante Marguerite ? Tous les trois lui demandent des comptes et celle-ci doit faire face aux poids de la culpabilité et des remords. C’est un véritable séisme qui va alors traverser cette famille. Tous cachent des choses, ont menti et sont en colère. Les blessures du petit Milo vont en rouvrir d’autres, encore plus anciennes, enfouies et la haine va balayer le quotidien et tout emporter sur son passage. Est-ce-que cette famille pourra encore exister après tout cela ?

    Valérie Tong Cuong aborde là un thème très souvent abordé en littérature : le secret de famille. Mais elle le fait brillamment ; son roman nous happe. On défend ses personnages, puis on les déteste, bref, on les comprend… A la fin du roman, Céleste dit «  Milo est tombé pour nous aider à grandir » : le lecteur aussi en sort grandi, marqué. Céleste a raison : le chemin vers le pardon est complexe mais la sérénité qui en résulte est tellement belle.

  • Cinq histoires russes

    Elena Balzamo  - Ed. Noir Sur Blanc

    Cinq histoires russes met en scène le destin d'une famille en URSS sur trois générations. A travers le parcours de sa grand-mère, Elena Balzamo évoque le sort de ceux que le régime soviétique considérait comme des « ennemis du peuple ». Elle nous parle également de son propre itinéraire, marqué par son histoire familiale et celle de son pays.

  • Outre-terre

    Jean-Paul Kauffmann - Ed. Equateurs

    Le dernier livre de Jean-Paul Kauffmann est à la mesure des précédents : une ode à l'histoire et à ses fantômes, un ouvrage toujours empreint de la même passion intacte, celle qui lui fait partir sur les traces d'un évènement, d'une figure historique. Ce qu'aime l'auteur, avant tout, c'est gratter le vernis du passé, chercher avec une loupe là où le commun des mortels ne voit rien, et faire ressusciter les grands hommes et disséquer le cours de l'histoire. Avec Outre-terre, il nous amène à la rencontre de ce qui fut en 1807 le théâtre de la sanglante bataille d'Eylau, celle qui fut un mauvais présage envoyé à la figure de Napoléon, quelques temps avant le déclin puis la chute de son empire.

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  • En attendant Bojangles

    Olivier Bourdeaut - Ed. Finitude

    Je ne sais pas trop par où commencer… Je voudrais simplement vous dire de ne pas passer à côté de ce premier roman. J’ai été bouleversée, chamboulée par cette lecture, et un tourbillon d’émotions me saisit quand je pense à tout ce que j’ai pu ressentir. Il est d’abord question d’une histoire d’amour magnifique, magique entre un homme et une femme. L’amour que l’homme éprouve pour cette femme est sans limite : il se laisse donc entraîner par une joie de vivre enivrante qui transforme le quotidien en un conte joyeux. Chaque nouveau jour devient une fête, on célèbre le fait d’être ensemble, on danse sur Mr Bojangles de Nina Simone. Et lorsqu’un petit garçon naît de cet amour, il entre à son tour dans la danse. Il nous raconte alors sa vie et nous dit avec sa naïveté d’enfant qu’il ne comprend pas comment font ses camarades qui n’ont pas ses parents. Cette folie douce qui l’accueille quand il rentre de l’école comme un fauteuil très confortable fait partie de lui. Alors lorsqu’un évènement grave survient, le papa va tout faire pour que son petit garçon continue à célébrer la vie et à danser. L’histoire de cette famille qui s’écrit doit bien se terminer, à tout prix… Olivier Bourdeaut, par un style poétique simple, parvient à nous faire rire et pleurer et, je suis sûre que la dernière phrase de son roman vous accompagnera pendant longtemps.

  • Branches obscures

    Nicolaj Frobenius - Ed. Actes Sud

    Nikolaj Frobenius m’avait déjà ensorcelée avec un précédent roman : Le valet de Sade. J’ai découvert dans Branches obscures la même noirceur d’âme de l’Homme. Le personnage de ce nouveau roman est un auteur à succès qui vient de publier un livre biographique sur un ami d’enfance aujourd’hui décédé. Il témoigne de certains épisodes de leur enfance qui révèlent au grand jour le côté extrêmement sombre de ce garçon qui finira par mettre le feu à leur école. Après cela, des éléments inquiétants vont venir troubler le quotidien de l’auteur : des sms menaçants, le cadavre d’un chien devant sa porte… Et si le personnage de son histoire était revenu parmi les vivants pour se venger ?

  • Le chagrin des vivants

    Anna Hope - Ed. Gallimard

    Le 11 novembre 1920 est organisée une cérémonie à Londres afin que la population puisse se recueillir sur la tombe du soldat inconnu tout juste rapatrié de France. Nous suivons alors trois femmes qui vont vivre à leur manière cette journée. Chacune a perdu un être cher durant ce conflit qui vient de prendre fin : un fils, un amant, un père. Anna Hope parvient avec beaucoup d’émotion à nous entraîner dans une très belle histoire. Lors de cette journée de deuil, toutes ces femmes se croiseront et pourront enfin se recueillir plus sereinement après avoir compris un peu mieux leur souffrance.

  • Le Goût du large

    Nicolas Delessalle - Ed. Préludes

    Quand on court en permanence aux quatre coins du monde, et qu’on se retrouve soudain embarqué pendant 9 jours sur un porte-containers, seul avec soi-même, c’est peut-être le moment de faire le point. C’est ce que fait l’auteur, grand reporter, qui a couvert nombre de conflits dans le monde, et qui revient sur les rencontres et les drames, tous ces évènements qu’il a vécus et qu’il décide de nous livrer avec beaucoup de sensibilité et une belle plume. Un vrai plaisir de lecture.

  • Astres sans éclat

    K.D. Miller - Ed. les Allusifs

    Lorsque nous avions découvert Les heures silencieuses de Gaëlle Josse cela avait été un vrai bonheur et une grande joie de partager cette trouvaille avec vous. Pour moi Astres sans éclat a aussi été un très beau moment de lecture et un tourbillon d’émotions !!! En 1962, Brenda est une adolescente mal dans sa peau, élevée par une mère célibataire dépressive qui lui jette tous les jours au visage sa responsabilité de la mort de son père et de son mal-être. Souffre-douleur à l’école, Brenda a pris pour habitude de se cacher derrière ses livres afin de se faire oublier le plus possible de ses camarades. Lorsqu’elle rencontre Jori Clement, une jeune fille avec une grande indépendance d’esprit, elle est au départ méfiante, mais a quand même très envie de la voir comme une amie. Commence alors entre les deux jeunes filles une relation très particulière, intense et destructrice, qui se terminera de manière tragique. C’est Brenda, quarante ans plus tard qui nous raconte leur histoire. Devenue auteure de romans policiers à succès, elle doit se livrer si elle veut avancer. K.D. Miller a une écriture extrêmement forte, elle installe tout de suite une tension qui ne cessera de croître au fil de la lecture jusqu’à l’émergence de la vérité ! Enfin !

  • Sans oublier la baleine

    John Ironmonger - Ed. Stock

    Joe Haak est économiste. Il travaille dans une des plus grandes banques de Londres. Lorsqu’il est rejeté nu comme un ver sur la plage d’un petit village de Cornouailles, les habitants se portent à son secours et demandent quelques explications… Pas très bavard dans un premier temps, Joe s’installe et prend ses marques dans ce village paisible. Il y rencontre une romancière qui n’écrit que des histoires d’amour, un vieux monsieur qui fait office de médecin dans ce lieu isolé, une institutrice pleine de sagesse et extrêmement respectée mais aussi le vicaire et sa très séduisante épouse.

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  • Le secret des abeilles

    Sue Monk Kidd - Ed. J'ai lu

    1964, Etats-Unis. Lilly, 14 ans, accompagne Rosaleen, sa nounou s’inscrire sur les listes électorales, car désormais les personnes de couleurs vont pouvoir voter. Sur le chemin, elles sont agressées et Rosaleen se retrouve en prison. Après l’avoir fait évader, Lilly décide de s’enfuir avec elle et ainsi fuir son père violent. N’ayant nulle part où aller, elles décident de se rendre dans un petit village où la mère de Lilly, morte depuis une dizaine d’années, aurait séjourné. Lilly en garde un souvenir précieux : l’étiquette d’un pot de miel. Toutes les deux vont alors habiter quelques temps chez trois sœurs apicultrices et vont essayer d’en savoir un plus sur la maman de Lilly. Ce livre rappelle La Couleur des sentiments. L’auteur parle de bonté, d’amour et de tolérance. La douceur du miel ainsi que sa force donnent le ton de cette histoire et accompagnent merveilleusement nos personnages.

  • Le miel

    Slobodan Despot - Ed. Folio

    Dans ce premier roman, l’auteur nous entraîne dans l’ex-Yougoslavie. Après avoir pris la défense d’un vieux monsieur lors qu’une dispute, Vera se voit livrer en guise de remerciement un pot de miel. C’est le fils du vieillard qui vient lui délivrer ce présent ; il a aussi une histoire à lui raconter… Voilà une très belle quête initiatique qui propose une découverte de ce pays mal connu.

  • Sukkwan Island

    David Vann - Ed. Folio

    La découverte de ce livre aura eu pour moi l’effet d’un coup de poing à l’estomac. J’en suis sorti troublé, déstabilisé, un peu nauséeux, comme à la sortie d’un grand huit. Quel choc ! Un père décide d’emmener avec lui son fils de 13 ans pour partir vivre pendant un an sur une île déserte de l’Alaska. La vie y est très rude, il faut chasser, pêcher, faire fumer le gibier, faire du bois, à l’abri d’une simple cabane en bois. C’est une survie au quotidien, loin des hommes et du bruit ; le père se fait une joie de cette parenthèse au plus près de la nature, avec son fils à ses côtés. Mais voilà, il ne sera pas à la hauteur ; David Vann va nous faire partager la fragilité et les angoisses de cet homme tourmenté, jusqu’à nous faire plonger dans l’indicible. Bien qu’il ne soit pas évident à conseiller, ce livre est devenu pour moi une référence, et je suis devenu un inconditionnel de David Vann.

  • Le Parfum

    Patrick Süskind - Ed. Le Livre de poche

    Avec Le Parfum, cet énorme succès planétaire, j’ai découvert la puissance et la beauté du mal, avec ce monstre abominable qu’a été Jean-Baptiste Grenouille. Né dans la fange, aussitôt sa mère envoyée sur l’échafaud, il ira de maison en maison, jamais aimé, victime des maladies et des hommes, s’accrochant à la vie jusqu’à découvrir ce don incroyable qui fera de lui, un instant, l’homme le plus puissant du monde. Meurtrier pour s’approprier l’odeur d’une jeune fille, il va s’employer, alors apprenti chez un maître parfumeur, à assembler et composer les essences les plus subtiles, en quête du parfum absolu. Mais pour cela il lui faudra tuer, encore et encore.

    Un roman magnifique, flamboyant, un feu d’artifice à la puissance évocatrice incroyable, qui m’avait à l’époque offert un cortège d’émotions intenses.

  • Le monde selon Garp

    John Irving - Ed. Points

    Difficile de parler du roman de John Irving, œuvre inclassable, parue en France en 1980. Je dévorai véritablement le livre, me plongeant avec passion dans le destin de Garp. Pour moi Irving a eu le don de créer et faire vivre ces personnages comme s’ils étaient de chair et d’os. Il y a Jenny d’abord, la mère, infirmière de son état, qui n’a jamais voulu s’encombrer d’un homme dans la vie, et qui a élevé seule son fils, avant de devenir l’égérie d’un mouvement féministe qui prit une ampleur considérable.

    Et puis il y a Garp, son fils, qui découvre très tôt la lutte - Irving a lui-même été un très bon lutteur - et qui devient écrivain pour plaire à la fille de son entraîneur, sa future femme. Garp a été toute sa vie un homme angoissé, tourmenté, tentant en permanence de protéger ses enfants de la violence du monde extérieur, ce qui n’empêcha pas le destin de frapper à sa guise.

    Ce roman est pour moi une œuvre extraordinaire, extrêmement riche, avec une galerie de personnages aussi complexes qu’attachants.

     

  • Le fils Cardinaud

    Georges Simenon - Ed. Folio

    Adolescent, j’ai découvert Simenon avec Le fils Cardinaud, et j’ai eu alors une passion pour cet auteur, véritable boulimique de l’écriture. Comment décrire mieux que lui, avec une écriture aussi sobre, par petites touches impressionnistes, la vie tranquille des petits bourgeois, des anonymes, des ouvriers, avant qu’un drame subit ne s’abatte sur eux. C’est cette capacité à rendre ces ambiances si particulières qui me subjugua. Dans ce roman, Simenon nous fait passer de l’univers de gens simples, sans histoires, au monde de la nuit, des crapules. Hubert Cardinaud, apprenant que sa femme a quitté le foyer, abandonnant enfants et mari, n’hésitera pas à aller la chercher dans des bars de voyous, sur la piste de son amant, pour la retrouver et la ramener à la maison, comme s’il ne s’était rien passé. Un homme au sens moral profond que rien ne pouvait faire dévier de ses valeurs.

  • La Porte des Enfers

    Laurent Gaudé - Ed. Babel

    J’ai découvert Laurent Gaudé en 2002 avec La mort du roi Tsongor qui lui avait valu le Prix Goncourt des Lycéens. Ce texte m’avait énormément plu et touchée, c’était la première fois que j’attendais avec impatience le nouveau roman d’un auteur, et je fus très heureuse après ma lecture du Soleil des Scorta. Je fus bouleversée par La Porte des Enfers publié en 2008. A Naples, un homme perd son fils au cours d’une fusillade. Après ce drame, ce chauffeur de taxi erre la nuit dans les rues de la ville. Il va faire des rencontres étonnantes et notamment celle d’un professeur qui croit en l’existence des Enfers et à la possibilité de s’y rendre. L’homme promet alors à sa femme, anéantie par la mort de son enfant, de se venger ou bien de lui ramener son fils. Il entame alors avec ses compagnons de route sa descente aux Enfers... Ce texte quasi mythologique m’a énormément marquée. En tant que libraire j’ai défendu ce roman passionnément à sa sortie. Encore aujourd’hui j’aime le faire connaître car il ne faut pas passer à côté.

  • Le Grand Meaulnes

    Alain-Fournier - Ed. Le Livre de poche

    Le Grand Meaulnes est le seul roman achevé qu’il nous reste d’Alain-Fournier. Ce jeune homme est mort à l’âge de 27 ans durant la Grande Guerre. Publié en 1913, ce roman parle d’un premier amour d’adolescent qui sera celui de toute une vie. Auguste Meaulnes, un jeune homme de 17 ans, tombe instantanément amoureux d’une jeune fille rencontrée lors d’une fête de fiançailles. Obligé de la quitter, il n’aura qu’une seule idée en tête : la retrouver. Toute sa vie sera marquée par ses recherches que nous raconte son ami d’enfance François Seurel. La frontière entre rêve et réalité est sans arrêt franchie : on se laisse envahir par cette histoire mélancolique et romantique. Elle fut pour moi ma première histoire d’amour et me poussa à découvrir d’autres grands amoureux de la littérature comme Stefan Zweig, Stendhal ou bien encore Tolstoï.

  • Soudain, seuls

    Isabelle Autissier - Ed. Stock

    Et si vous plaquiez tout pendant un an pour faire le tour du monde à la voile ? C’est ce que décide de faire ce couple, lâchant confort et boulot pour écumer les océans à bord d’un voilier. Mais quand la croisière se transforme en isolement forcé sur une île désertique de l’Atlantique sud, rien ne va plus. Il faut alors survivre, à l’abri des ruines d’une antique station baleinière à l’abandon mais les conditions sont rudes, l’hiver austral arrive, les tensions s’installent au sein du couple, révélant les faiblesses et les antagonismes. Un très beau texte sur l’instinct de survie, sur la culpabilité et le remords.

  • Va et poste une sentinelle

    Harper Lee - Ed. Grasset

    Scout, héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a grandi. Elle a aujourd’hui 25 ans et revient voir son père pour quelques jours de vacances. Le monde a changé et Scout va aller de désillusions en désillusions. Mais n’est-ce pas là un mal nécessaire pour grandir et poser sur ce monde son propre regard ?

  • Neverhome

    Laird Hunt - Ed. Actes Sud

    Très bon moment de lecture pour moi avec ce roman Neverhome. L’auteur nous plonge en plein chaos lors de la guerre de Sécession. Constance, une fermière de l’Indiana décide de prendre la place de son mari au front. Celui-ci est beaucoup trop fragile physiquement et psychologiquement pour survivre à ce conflit. Alors elle se travestit et prend sa place sous l’identité de Ash Thompson. Cette femme se retrouve confrontée à des terribles situations d’une violence extrême où son courage et sa force de caractère vont lui permettre de rester en vie. Après plusieurs mois au combat elle décide de rentrer chez elle. Mais le chemin du retour ne se fera pas simplement et prendra la forme d’une véritable épopée.

  • Juste avant l'oubli

    Alice Zeniter - Ed. Flammarion

    D’un côté, réunis sur une île des Hybrides pour un colloque, une bande de furieux, spécialistes de l’œuvre de Galwin Donnell, célèbre auteur de polar mort tragiquement, et de l’autre, Franck, amoureux transi, débarquant sur cette île pour convaincre sa fiancée, organisatrice passionnée du colloque, de l’épouser. Mais rien ne se passera simplement, d’autant plus que l’île renferme quelques secrets.

  • Ah ça ira

    Denis Lachaud - Ed. Actes Sud

    Après un début tonitruant – nous sommes en 2015, une bande d’extrémistes enlève le président de la République – Antoine, l’instigateur de l’opération, sort de prison où il a passé plus de vingt ans, et découvre une société chamboulée, où ses repères et ses idéaux n’ont plus place. Les problématiques aperçues aujourd’hui sont alors décuplées, la rue gronde devant la fracture sociale devenue un abîme, le monde est en ébullition. La révolution a-t-elle toujours une place ?

  • L'inconstance des démons

    Eugène Green - Ed. Robert Laffont

    Vous serez comblé par ce roman si vous avez aimé l’atmosphère des aventures extraordinaires d’Edgar Alan Poe. Ce récit, situé au Pays Basque du Nord, flirte en permanence avec le surnaturel. Il s’agit d’une bien étrange histoire dans laquelle un jeune garçon est en proie à des crises démoniaques qui lui font vivre des procès en sorcellerie vieux de plusieurs siècles, quand l’église brûlait tout ce qui faisait peur. Un ancien neurologue, appelé à son chevet, va tenter de percer le mystère.

  • La septième fonction du langage

    Laurent Binet - Ed. Grasset

    Laurent Binet nous sert un texte décalé, savoureux, dans lequel on retrouve pêle-mêle des philosophes de tout poil (Sartre, Bernard-Henri Lévy, Sollers), des dingues de linguistique, des spécialistes de sémiologie, des jouteurs de rhétorique, des adeptes de backrooms gays, des agents bulgares au fameux parapluie tueur, des hommes politiques dont Giscard et Mitterrand, prêts à batailler pour les présidentielles – nous sommes en 1980 – et au milieu, Simon Bayard, flic solitaire à la Lino Ventura, un peu bourru et brut de décoffrage, accompagné d’un jeune spécialiste en étude des signes, sorte de traducteur qui va l’aider dans son enquête pour mieux appréhender ce monde interlope d’intellectuels qui gravitent autour de Roland Barthes, personnage emblématique du milieu littéraire de l’époque. Celui-ci vient de mourir, renversé par une camionnette, et au plus haut de l’Etat on pense qu’il a été assassiné car détenteur d’une information capitale en lien direct avec le langage. Mystérieux, vous avez dit mystérieux ? Bref, Laurent Binet s’est régalé à nous livrer une histoire un brin farfelue mais pas seulement, prétexte à nous parler des travaux menés par cet érudit qu’était Roland Barthes et d’autres, éminents théoriciens du langage. Abscons par moment ? Sans doute, mais aussi un vrai régal, une sorte de version inédite des barbouzes chez les intellos.

  • Profession du père

    Sorj Chalandon - Ed. Grasset

    Quel père. Complètement mythomane, fou à lier, ridicule dans l’excès. Ça aurait pu prêter à rire, si ce n’avait été la violence s’invitant au quotidien, contre sa femme et son fils. A l’écouter il avait fondé les compagnons de la chanson, il avait été un temps conseiller du général de Gaulle, puis membre de l’OAS, ensuite agent secret. C’est en fait une liste interminable de ce qu’il avait pu faire, de ce qu’il avait été, mais quand on est gamin et qu’à l’école on doit donner la profession du père, c’est compliqué. Par moment on plonge dans l’absurde, quand le père mêle son fils à son délire et en fait son petit soldat, prêt pour des missions ultra secrètes. Les communistes sont partout, il faut être prêt à toute éventualité. Sorj Chalandon nous plonge dans une enfance absolument hallucinante, sous le joug de ce père dément, sous les yeux de sa mère résolument passive, dans le déni, consciente qu’elle avait deux enfants à la maison. Un texte émouvant.

  • Venus d'ailleurs

    Paola Pigani - Ed. Liana Levi

    Venus d’ailleurs est le deuxième roman de Paola Pigani. En 2013, elle avait écrit N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures qui lui avait valu de nombreux prix et de très belles critiques. Nous la découvrons cette année avec ce nouveau texte, et son écriture tout en retenue nous a beaucoup touchés. En 1999, Mirko et sa sœur Simona fuient le Kosovo alors en plein conflit. Dans leur pays, ils ont vécu des moments de joie avec leur famille mais désormais ils partent pour survivre. Arrivés enfin à Lyon après un voyage périlleux, tous les deux ne voient pas de la même manière cette nouvelle vie qui s’offre à eux. Simona veut apprendre le français ; elle a trouvé un travail dans un magasin d’habits, est euphorique et veut aller de l’avant. Mirko, lui est nostalgique de ce qu’il a laissé derrière. Le jour, il travaille avec d’autres réfugiés sur des chantiers et la nuit, il part explorer la ville et utilise le graff pour exprimer son malaise. Très belle découverte de cette rentrée.

  • Ce pays qui te ressemble

    Tobie Nathan - Ed. Stock

    Tobie Nathan est né au Caire en Egypte en 1948. Dans son nouveau roman, il donne à l’Egypte son plus beau rôle et le présente comme son personnage principal. En effet, il nous raconte l’histoire de ce pays du début du XXème siècle jusqu’à la prise de pouvoir de Nasser en 1952. Il témoigne ainsi de la fin des grandes dynasties égyptiennes et de l’islamisation du pays. Il nous conte aussi une magnifique histoire d’amour interdite entre un frère et une sœur de lait. Lui est juif, elle est musulmane… Par une écriture extrêmement sensuelle et presque magique, l’auteur nous dévoile leurs vies, leur rencontre et leurs tourments.

  • Délivrances

    Toni Morrison - Ed. Christian Bourgois

    Grande dame dans la littérature américaine, Toni Morrison a reçu en 1988 le Prix Pulitzer puis le Prix Nobel en 1993. Aujourd’hui retraitée de l’université où elle a enseigné la littérature pendant de très nombreuses années, elle continue à écrire sur les thèmes qui la touchent tels que le racisme, la liberté et l’égalité.

    Dans son dernier livre Délivrances, son héroïne Lula Ann a, quand elle était toute jeune, témoigné contre son institutrice. Celle-ci a été condamnée à une lourde peine de prison à cause de ses accusations. Aujourd’hui Lula Ann veut se racheter car ce faux témoignage la hante.

  • Les nuits de laitue

    Vanessa Barbara - Ed. Zulma

    Lors de la rentrée littéraire, mon petit plaisir est de découvrir des nouveaux auteurs. Vanessa Barbara est une jeune journaliste de Sao Paulo et Les Nuits de laitue est son premier roman. Son univers m’a fait très vite penser à Rosa candida écrit par une auteur islandaise que nous avions beaucoup aimée.

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  • La maladroite

    Alexandre Seurat - Ed. Du Rouergue

    La maladroite est le premier roman d’Alexandre Seurat. Vous allez découvrir un texte très court mais d’une grande force. Très court comme la vie de Diana, cette petite fille qui est morte trop tôt. En effet l’auteur aborde le thème difficile de la maltraitance. Diana est une petite fille qui n’était pas désirée par sa mère et celle-ci n’a jamais su l’aimer. Diana a été une petite fille battue par sa mère et son beau-père jusqu’au soir où la gifle a été trop violente et où Diana ne s’est pas relevée.

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  • Le Chemin des âmes

    Joseph Boyden - Ed. Le Livre de poche

    On m’avait dit que ce serait un texte que je ne pourrais plus oublier. Il y a déjà quelques jours que j’ai terminé ce livre et cette lecture me hante encore. D’origine canadienne, Joseph Boyden a publié ce premier roman en 2005 et fut tout de suite salué par la critique.

    Nous sommes en 1919 au Canada et Niska une vieille sorcière indienne vient chercher à la gare son neveu Xavier revenu de la guerre. En effet lui et son meilleur ami s’étaient engagés dans l’armée canadienne dès le début du conflit et sont partis combattre dans un pays qui les faisait alors rêver appelé la France. Niska comprend que Xavier survit, il a vu trop d’horreurs et va sombrer. Elle perdra alors la seule famille qui lui reste. Durant les trois jours de canoë qui les séparent de leur campement, elle va essayer de le ramener à la vie et de sauver son âme brisée. Elle va lui conter son histoire, le soigner grâce aux plantes qu’elle maîtrise parfaitement et surtout le faire parler. D’abord sous l’emprise de la morphine Xavier va peu à peu lui raconter sa guerre, ses combats. Le plus dur sera pour lui de parler enfin de son meilleur ami, ce frère qui s’est perdu dans ce conflit et qui ne rentre pas.

    Les personnages sont lumineux malgré leur douleur et la peur. L’auteur parle de la folie comme personne. C’est un livre qui va vous changer, je vous le promets.

  • Otages intimes

    Jeanne Benameur - Ed. Actes Sud

    Etienne vient d’être libéré après avoir été retenu en otage pendant plusieurs mois. Retourner dans son petit appartement à Paris, il ne peut pas. Son métier, photographe de guerre, il l’aime mais repartir lui semble impossible. Alors il rentre dans son village natal chez sa mère où il retrouve deux amis d’enfance avec qui il a tout partagé. Ensemble ils vont essayer de comprendre quelle part de nous nous gardons en otage, malgré nous ou de manière volontaire. Jeanne Benameur écrit là un texte très intime et très touchant. Après Profanes, on retrouve avec toujours autant de plaisir son écriture : on lit et on relit certaines phrases avec bonheur.

  • La fille

    Tupelo Hassman - Ed. 10-18

    Ce premier roman est une vraie réussite. Il nous dépeint de manière extraordinaire le quotidien miteux d’une gamine au destin tout tracé, confinée dans une bourgade du Nevada, où les trailer parks, véritables villages de caravanes, abritent la misère, l’ignorance et le sordide d’une communauté blanche.

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